Être une femme au Koweït

J’ai déjà écrit un article à ce sujet, mais on me parle souvent de la place de la femme au Koweït. C’est toujours difficile pour moi de répondre à cette question car mon expérience n’est pas celle de toutes les femmes… Et surtout, la question de ma place en tant que femme au Koweït est souvent une comparaison de la situation que je vivais en France.

Une situation différente pour chaque femme

Le premier point, et certainement le plus important… La réponse ne sera pas la même selon la couleur de peau, la nationalité, la situation familiale et l’endroit où vous êtes au Koweït. Ainsi que d’autres critères plus ou moins explicables.

Je m’explique : ma vie de femme n’est pas la même que celle d’une Nanny qui vient des Philippines. Ma vie de femme ne sera pas la même que celle d’une Koweïtienne. Et, en tant que femme, je n’aurais pas la même vie qu’une autre française qui, elle, sera mariée et mère de famille.

Pour des raisons administratives et culturelles. Administrativement, eh bien, par exemple, beaucoup de femmes mariées à un expatrié seront en visa touriste et devront faire des visa run (passer un week end à l’extérieur du Koweït) pour renouveler leur visa. Les femmes sur le visa de leur mari ne peuvent pas passer le permis de conduire. Du coup, la vie dans le pays sera différente de la mienne. Nous n’avons déjà pas les mêmes libertés.

Une femme qui vient travailler au Koweït pour être nanny aura aussi un visa spécifique et devra travailler chez la famille qui l’emploie… Du coup, bon, cette femme dépend complètement de la famille chez qui elle travaille et sa vie peut vite devenir un enfer.

Culturellement, j’ai peur d’avoir du mal à trouver les mots pour expliquer. Pour faire simple, je suis étrangère et cela se voit. Du coup, personne n’attend rien de moi. Il y a toujours une pression sur le dos des femmes pour se comporter en femme respectable selon les lois tacites (ou non) du pays. Eh bien, ici, je n’ai pas ça sur le dos, car je ne suis pas d’ici.

Ma vie parfois simplifiée

Vous l’aurez compris mais je le répète : je parle de mon expérience. C’est important pour moi de raconter mon expérience avant d’aborder la question plus généralement.

Je suis brune avec les yeux marrons donc je passe dans le paysage, on ne me remarque pas. A mon style et mon accent, on voit bien que je ne suis pas de la région. Je fais souvent des choses seules et je m’habille un peu comme je veux : des crop-tops, des jupes plus ou moins longues, des jeans ou des leggings, ça va dépendre du mood.

Et, souvent, ma vie a été simplifiée parce que je suis une femme. Je ne fais que très rarement la queue, je me sors souvent de situations compliquées en faisant un sourire et j’ai plutôt régulièrement ce que je veux… A peu près quand je le veux.

Evidemment, cela montre une inégalité claire et flagrante entre les hommes et les femmes. Je suis la première à être triste de ces différences de traitement mais j’ai conscience de mes privilèges et j’avoue que j’en joue quand je peux. Bien sûr, cette inégalité n’est pas propre au Koweït…

Si je suis avec un homme, dans certaines situations, on ne me parlera pas et on parlera à l’homme qui m’accompagne. Evidemment, au restaurant, c’est à Monsieur que l’on donnera l’addition et c’est souvent lui que le serveur regarde pour prendre la commande.

Dommage que le paysage ne soit pas le même au Koweït, sinon j’aurais fait la même photo ! – Photo by averie woodard on Unsplash

Ma vie en sécurité

Je le répète : je parle de ma vie, de mon expérience, de mon ressenti et surtout je fais automatiquement une comparaison avec la manière dont je vis en France.

En France

En France, je viens de banlieue parisienne : la plupart du temps quand je prends le train, je me fais aborder. Je me fais aborder dans la rue, dans le métro, sur mon lieu de travail. Il m’arrive de me faire suivre quand je fais du sport et je me fais souvent insulter simplement parce que je suis… là.

On m’a volé mon téléphone deux fois : une fois dans un restaurant et une fois dans le train. J’ai souvent eu peur de trop boire en soirée et en gros, je vis ma vie en France en étant sur la défensive. Ce n’est pas flagrant, ce n’est pas quelque chose de conscient, mais toutes mes décisions sont prises avec un peu de peur au fond. J’ai des réflexes et des automatismes qui montrent que je ne me sens pas en sécurité.

Je paye le taxi pour ne pas prendre le train de nuit, je mets mes clés entre mes doigts au cas où, je met mes écouteurs sans musique quand je marche le soir seule. Dans le métro ou dans le train, je suis toujours à vérifier mon sac, à Paris je ne laisse personne m’approcher. Je demande toujours à mes amies de me dire quand elles sont arrivées chez elles. J’ai peur qu’il leur arrive quelque chose sur le trajet.

En un mot comme en cent, en France, je suis la proie idéale.

Au Koweït

Au Koweït, je vis à Salmiya. C’est un quartier animé, très peuplé et plein d’expatriés. Le Koweït est une grande banlieue, et je pense que Salmiya ne semble pas être la banlieue la plus tranquille.

Cependant, mes automatismes et mes réflexes montrent que je me sens, globalement, en sécurité. Des hommes qui me suivent quand je cours, ça arrive, mais je n’ai pas peur d’eux, ici. En fait, je pense que la donnée la plus importante est celle ci : je n’ai pas peur. Si un mec me suit, je lui dis d’arrêter et souvent, si je leur parle mal, ils bégayent un peu.

Je n’ai pas peur d’être dehors la nuit au Koweït, je n’ai pas peur de marcher seule du restaurant jusqu’à ma voiture si je suis garée un peu loin. Je demande à mes amis de me dire quand ils sont arrivés chez eux. Hommes et femmes, mais parce que conduire au Koweït peut être dangereux.

Je me fais suivre quand je conduis, mais je ne me suis sentie en danger qu’une seule fois en six ans ici. Parfois, il m’arrive de ne pas courir le matin parce que je n’ai pas envie de gérer un nième abruti qui va venir me déranger mais jamais par peur.

Ici, clairement, je suis dérangée. Être une femme seule, c’est la certitude de ne pas être tranquille. Mais, à la différence de la France, je n’ai pas peur.

Au Koweït aussi, les femmes élèvent leurs voix ! – Photo by Markus Winkler on Unsplash

Plus généralement ?

C’est là que le bât blesse. Vous n’en avez certainement pas entendu parler, à cause de la loi journalistique du kilomètre (plus un fait arrive loin, plus on s’en fout), mais il y a quelques semaines, Farah Hamza Akbar a été tuée par un homme qui la harcelait. Il y a quelques mois déjà, un compte Instagram a émergé pour libérer la parole sur le harcèlement au Koweït. On continue dans la même vague que le mouvement #MeToo.

Je suis contente que les Koweïtiennes se soulèvent pour leurs droits et qu’elles parlent de la situation qu’elles vivent dans leur pays. Par exemple, l’enfant qu’une Koweïtienne a eu avec un étranger ne sera pas Koweïtien. Je trouve cela injuste et je trouve génial que les Koweïtiennes prennent position la dessus et veulent changer les choses.

Des femmes se font tuer parce qu’elles sont femmes au Koweït. Mais partout ailleurs dans le monde aussi. Je ne minimise aucun meurtre mais je refuse aussi que des français – ou n’importe qui, d’ailleurs – commencent à s’occuper de la paille dans l’oeil du voisin sans faire attention à la poutre qu’il a dans le sien.

Est-ce qu’en tant que femme, on est tranquille au Koweït ? Eh bien, pas autant qu’un homme, ça c’est sur. On est regardée, abordée, parfois suivie, souvent draguée, souvent questionnée. Est-ce qu’est tant que femme, on est en sécurité au Koweït ? Eh bien, de mon point de vue, bien plus qu’en France, oui.

Souvent, on me demande pourquoi je reste au Koweït et pourquoi je ne reviens pas en France. La plupart des gens vont penser que la principale raison est financière. En réalité, la principale raison est ma tranquillité d’esprit.

Et surtout, il est temps d’ouvrir les yeux… La question « est-ce que les femmes sont en sécurité ? » ne devrait jamais être mise sur le tapis. Jamais. Ni en France, ni en Asie, ni au Koweït, ni aux USA, nulle part. Tout le monde devrait être en sécurité au même niveau, quelque soit l’endroit du monde dans lequel on est…

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