L’apparence physique au Koweït

Je dois l’avouer : je n’avais aucune idée des stéréotypes féminins ou masculins au Koweït. Pour être honnête, je ne m’étais jamais posée la question. Du coup, quand j’ai préparé mes valises, c’était un peu difficile pour moi de savoir quoi mettre dedans. J’étais un peu enfermée dans mes clichés et puis, à l’époque je me fichais un peu de mon apparence physique.

De la maigreur française aux rondeurs arabes.

Quand j’ai quitté la France, en 2015, je me souviens que la tendance était à la minceur. Jambes fuselées, bassin étroit et petite poitrine étaient en vogue et, pour moi, le but ultime. Moi, je suis du genre bouteille d’Orangina. Je ne peux pas porter de salopette parce qu’il y a deux tailles de différence entre le haut de mon corps et le bas.

Je suis cette fille avec un haut du corps tout menu : épaules fines, petite poitrine et taille marquée. Par contre, sous la taille… C’est autre chose : hanches larges, fesses rebondies et cuisses bien en chaire. Alors quand je reviens en France, j’ai souvent tendance à détester mon corps.

Alors qu’ici … Je coche presque toutes les cases. En tous cas, à chaque fois que j’explique que je n’aime pas mes fesses, on me répond que des gens payent pour avoir les mêmes. On me complimente sur mon corps et plusieurs personnes m’ont même complimenté sur … ma prise de poids.

Au Koweït, l’extrême minceur n’intéresse personne. Je pense même que, sans forcément le réaliser, les gens l’associent majoritairement à une certaine forme de maladie. Du coup, les vêtements ne taillent pas comme en France. Je choisis ici des tailles plus petites que celles que je choisis en France.

Cependant, attention… ici, on est loin du body positivisme et de l’acceptation de soi. C’est juste que les fixations sont ailleurs que sur le poids.

Ce n’est pas quelque chose que l’on fait beaucoup, au Koweït – Photo by Content Pixie on Unsplash

De la chasse aux poils…

Mes poils, j’ai toujours plutôt bien vécu avec. J’ai la peau très sèche et sensible, donc l’épilation et le rasage causent toujours des dégâts. Du coup, j’ai appris à vivre avec mes poils. Je peux sortir en jupe sans être épilée au poil près, franchement je m’en fiche. En fait, pour moi, les poils ne sont pas un sujet. Parfois je ne les supporte pas et parfois je vis très bien avec.

Ici, une des premières choses que j’ai remarqué c’est que les femmes n’ont pas de poils sur les bras. Beaucoup de femmes s’épilent ou se rasent les bras. Je ne sais pas, je n’avais jamais imaginé me raser ou m’épiler les bras. Du coup, j’ai vraiment réalisé à quel point les normes et les modes étaient différentes d’un pays à l’autre.

La première fois que je suis allée chez l’esthéticienne… Je n’écrirais pas cette histoire sur mon blog. Ce blog est public et mon histoire est un peu gênante. Sachez juste qu’elle était prête à m’épiler tout le visage, j’ai eu l’impression d’être la femme à barbe. En fait, en sortant de là, j’ai eu l’impression d’être la femme la plus poilue du monde.

Du coup, cette chasse aux poils amènent des conversations plutôt intimes avec des collègues que l’on connait à peine. L’épilation du maillot, dans quel salon tu vas est-ce que tu as pensé au laser ?

Le laser, parlons en… Vous vous souvenez ? Moi, je vis très bien avec mes poils ? Eh bien, j’ai aussi des rendez-vous réguliers pour me faire brûler les poils au laser. Je vis bien avec mes poils mais apparemment je vis mieux sans. Les séances ici sont plus abordables qu’en France et surtout, il y a des cliniques partout qui le font.

… à la chirurgie esthétique

Un jour, alors que je suis en petite culotte devant l’infirmière qui fait l’épilation au laser, elle regarde mes cuisses et me dit qu’elle peut faire quelque chose contre ma cellulite. Bon. Déjà, j’ai envie de l’insulter parce que ma cellulite est un sujet quand moi je le décide. Mais ensuite, elle me sort son laïus commercial sur la cryolipolyse. En gros, on réduit la cellulite par le froid.

A ce moment là, je me rappelle que je suis dans une clinique privée et que je suis une cliente. Une bonne cliente pour le laser mais ils ont tellement plus à m’offrir et je n’en profite pas ! En effet, il y a cette technique de gel par le froid, mais ils font aussi des injections de Botox, de la liposuccion et d’autres interventions du domaine de la chirurgie esthétique.

En fait, ce qui est le plus étonnant, c’est la facilité avec laquelle on parle de chirurgie esthétique. Une maman d’élève, une fois, m’a expliqué que je pourrais facilement me faire refaire les seins en prenant un peu de gras de ma culotte de cheval. Une collègue m’a raconté une fois sa liposuccion.

Alors qu’en France, ces pratiques restent secrètes ou en tous cas privées, ici je pourrais avoir le nom du chirurgie d’une inconnue.

Plus besoin de ça ! – Photo by Mel Poole on Unsplash

Pour un corps parfait, meal plan et gym.

Au Koweït, de ce que je vois, le but n’est jamais la bonne santé. On se dirige souvent vers un objectif esthétique, c’est rarement une volonté d’être en meilleure forme ou de donner à son corps de bons éléments. Je connais peu de gens qui cuisinent, c’est tellement plus simple de commander ou d’aller au restaurant.

Du coup, il est très facile de souscrire à un meal plan. C’est à dire que tous les matins, vous recevez une boîte à votre porte avec les repas de la journée ou de la semaine à réchauffer au micro-onde. Et, quand vous vous inscrivez, vous choisissez : perte de poids, gain de muscle, régime paléo ou kéto, etc. Ce qui est marrant c’est que vous avez toutes les informations nutritionnelles et les gens les lisent comme s’ils étaient des pros de la nutrition.

On vous vantera le gain de temps mais en réalité, c’est surtout qu’ici, la plupart des gens ne savent tout simplement pas faire plaisir à leur corps. Alors on s’inscrit à un meal plan et on paye un coach pour la salle de sport. Coach qui, je crois, n’est pas vraiment qualifié pour faire ce métier. Ou en tous cas n’a pas l’air de s’y connaître tant que ça… Mais c’est un autre sujet.

Loin du mouvement Body Positive

Vous avez du le voir, il fleurit partout, le mouvement Body Positive. A la base, ce sont les personnes grosses qui ont commencé ce mouvement, pour lutter contre la grossophobie. Au final, il a été repris par toutes les morphologies pour mettre en avant le corps « normal » et vrai. C’est à dire avec des poils, de la cellulite, des petits points quand les poils repoussent, des cicatrices et des vergetures, entre autres.

Ici, on en est encore loin… Sur les réseaux, les femmes influentes n’hésitent pas à faire la promotion de la clinique esthétique qui s’occupe d’elles. Elles se filment entrain de combler leurs rides ou de regonfler leurs lèvres. J’ai lu des articles sur Instagram à propos d’hygiène intime… Où le premier conseil est l’épilation intégrale. Les seules qui montrent leurs « défauts » (leur normalité) le font de manière très calculé, et pas du tout parce que ces trucs font partis d’elles.

On adule un corps. Ce n’est pas le corps maigre que j’ai connu en France mais c’est un corps à la Kim Kardashian. Des lèvres pulpeuses, un nez droit, grosses fesses, taille fine, grosses poitrines et on n’hésite pas à faire ce qu’il faut pour y arriver. Même si cela nécessite de payer, ce n’est pas grave on met la main au porte monnaie pour arriver à l’objectif.

En tous cas, j’ai rarement vu des femmes être juste OK avec qui elles étaient…

On en est pas encore là … – Photo by Annie Spratt on Unsplash

Et les hommes dans tout ça ?

Cette obsession de la perfection ne touche pas que les femmes. Les hommes que j’ai rencontré sont aussi touchés. Je crois que je n’ai jamais vu autant de salons pour homme dans un pays. Je pense que je n’ai jamais vu non plus de barbes aussi bien taillées qu’ici.

Les sourcils sont épilés, les barbes sont taillés au millimètre près, les poils de nez coupés. J’ai souvent vu des hommes avec des masques sur la zone T pendant qu’ils se faisaient couper les cheveux. Je suis fascinée par les salons de coiffure pour hommes ici et j’aimerais être une petite souris pour voir ce qu’il s’y passe.

Les hommes sont aussi de bonnes cibles pour les meal plans et je n’ai jamais rencontré un Koweïtien sans carte de membre à la salle de sport. Et je ne sais pas si je dois parler des stéroïdes qui sont pris pour avoir des gros bras bien musclés. Les aisselles sont taillés, les poils sur le torse aussi. Et vous n’aurez aucune difficulté à trouver sur Instagram des corps musclés et huilés entrain de bronzer à la plage ou sur un bateau.

Ce qui est dingue, c’est que les hommes ne cherchent pas forcément des femmes refaites et que les femmes ne cherchent pas forcément ces hommes à la plastique de rêve. Mais, coincés qu’ils sont dans leurs idéaux, ils s’enferment dans des représentations chimériques… impossible à atteindre naturellement. Mais alors, quand on a les moyens financiers de se l’offrir, ce corps rêvé, est-ce qu’on en est un jour satisfait ?

3 Comments

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  1. 1
    Eva

    Au Japon l’apparence est tres importante. Le poil est vu comme quelque chose de sale, les femmes s’epilent aussi les bras et le visages en plus des endroits communs, sauf les parties intimes, du moins c’est ce qui se dit. Ici la maigreur / minceur prime mais pour avoir des formes, en plus des soutifs hyper rembourrés il existe aussi des culottes avec du rembourrage pour les fesses ! J’ai d’ailleurs découvert il y a 10 ans dans un magasin de maillot de bain, ca m’avait tellement étonnée que j’en avais écrit un article.

    • 2
      Eliz

      Je n’avais pas vu ton commentaire !! Je connaissais la rumeur à propos des parties intimes très peu épilées au Japon. Par contre, les culottes avec du rembourrage haha, ça doit quand même être quelque chose !! Ici, on passe vraiment directement à la chirurgie… C’est dingue comme l’apparence physique et ses codes changent d’un pays à l’autre.

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