Histoires Expatriées – L’Intégration

Cet article participe au RDV #HistoiresExpatriées organisé par le blog L’occhio di Lucie. Le thème de ce mois de décembre est « l’intégration », proposé par Eva !

Le sujet est plutôt difficile à aborder, pour être honnête. De quel point de vue le prendre ? C’est très personnel et assez sensible comme sujet. Mais j’ai accepté le défi ! Évidemment, comme à chaque fois pour les articles du rendez-vous, c’est un point de vue très personnel, lié à mes propres expériences. Je crois que chaque expatrié aura son mot à dire à propos de l’intégration au Koweït !

S’intégrer, ça veut dire quoi ?

Déjà, je crois qu’il faut commencer par définir l’intégration. Formation littéraire oblige, j’aime bien quand les choses sont clairement définies. D’après Google, l’intégration c’est l’assimilation (d’un individu, d’un groupe) à une communauté, à un groupe social. Intégrer vient du latin integrare qui signifie « rendre entier ». Donc s’intégrer, ça veut dire faire partie de quelque chose.

J’écrirais ici à propos de mon intégration publique et mon intégration privée. C’est à dire, d’un point de vue sociétal, dans ma vie de tous les jours et à l’extérieur. Les us et les coutumes, les sorties au restaurant, au café ou dans les magasins. Je ne suis évidemment pas une personnalité publique, mais je veux parler de l’intégration dans la vie à l’exterieur. Et par intégration privée, j’entends plutôt les amis, la socialisation, les habitudes dans le privé.

Sortez avec quelqu’un à l’extérieur et invitez le ensuite chez vous, vous serez face à deux personnes vraiment très différentes.

Je peux l’écrire pour éviter tout le suspens : non, je ne suis pas totalement intégrée au Koweït. Je pense d’ailleurs que je ne serais jamais intégrée, dans le sens où je ne ferais jamais partie de la communauté. Quoiqu’il arrive, je serais toujours la française.

Quel genre de personne suis-je ?

Je suis une introvertie très timide. J’ai du mal à faire partie d’un groupe. Je suis plutôt un électron libre et ce, quelque soit le pays. Voyager seule, vivre seule n’est pas un problème pour moi car je ne fais parti d’aucun groupe, d’aucune tribu. Il semblerait que l’homme soit un animal grégaire, ayant besoin de ses semblables pour vivre. Moi, je me sens plus proche de Rousseau lorsqu’il décide d’écrire ses Rêveries.

« Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même ». C’est évidemment exagéré, mais je crois que, dans mon cas, la solitude amène une paix intérieure assez exceptionnelle. Évidemment, il est nécessaire d’avoir des contacts avec ses semblables mais je ne fais pas parti de ces gens pour qui c’est indispensable quotidiennement.

Donc je suis arrivée au Koweït en sachant que l’intégration serait difficile pour moi. Finalement, ça n’a pas été si difficile que ça, mais cependant je ne me suis pas intégrée totalement.

Au Koweït : l’intégration publique

Je peux dire que je me suis intégrée du point de vue de la justice. Je suis les règles et les lois du pays : je ne bois pas d’alcool, je ne mange pas de porc. Pendant le Ramadan, je ne mange ni ne bois dehors. Je suis une parfaite citoyenne. J’ai tendance à accepter l’autorité et à suivre les règles d’un pays.

Je fais attention à comment je m’habille, je ne blasphème pas, je ne parle pas trop fort. Je ne fais pas la bise aux gens que je connais peu, je ne touche pas mes amis (je suis pourtant très tactile avec mes amis proches) Quand j’étais avec mon amoureux, je ne le touchais pas en public, je ne lui prenais pas la main.

Globalement, je suis les règles.

Parler arabe n’est pas nécessaire. J’ai essayé d’apprendre mais dans tous les restaurants, les serveurs parlent anglais, dans les cafés et les magasins aussi. Ne pas parler arabe ne pose pas de problème.

Je passe généralement plutôt inaperçue. Je suis brune, mate avec les yeux noirs. On me prend parfois – souvent – pour une Arabe. Il m’est déjà arrivé d’être prise pour une Koweïtienne ! Et c’est généralement mes vêtements qui me trahissent. Je m’habille et me maquille vraiment comme une européenne, je ne suis pas les modes du Golfe.

Je peux facilement être invisible et passer inaperçue. De ce point de vue là, je suis intégrée.

Photo by Priscilla Du Preez on Unsplash
Photo by Priscilla Du Preez on Unsplash

Au Koweït : l’intégration privée

Cependant, d’un point de vue plus privé, je ne fais parti d’aucun groupe. Je suis un véritable électron libre.

Ici, au Koweït, ils fonctionnent en groupe. Il y a le premier groupe, la famille. C’est le plus important. Les enfants ne quittent pas la maison s’il n’est pas question de faire une autre famille, la leur. Alors les hommes et les femmes célibataires de trente-ans-et-plus vivent toujours chez leurs parents. Et si un des deux parents a besoin de quelque chose, c’est la priorité. Le grand frère prend souvent soin des plus petits de la famille.

Le jeudi soir – ou le vendredi midi – c’est le grand repas familial. Ils se retrouvent tous, frères et cousins et dinent – ou déjeunent – tous ensemble. Et si un manque à l’appel, il devra donner de bonnes justifications.

Quand ce n’est pas la famille, ce sont les amis. Le soir, ils se retrouvent tous à un endroit donné – un appartement qu’ils louent ensemble, la diwania ou un bar à shisha – et ils ne font rien. Mais ils le font tous ensemble. Ils jouent à la playstation, sur leur téléphone ou regardent un match. Voilà. Et si un membre du groupe ne donne pas de nouvelles pendant quelques jours, ça peut donner lieu à de gros dramas.

J’ai l’impression qu’une fois qu’ils font parti d’un groupe, ils feront parti de ce groupe pour toujours.

Et moi, dans tout ça ?

Eh bien moi, j’ai pris de très mauvaises habitudes en France ! J’ai toujours fait parti de groupes de garçons ou d’aucun groupe. J’ai tendance à voir mes amis en tête à tête, je suis très mauvaise dans les groupe mixtes. Je ne sais pas m’intégrer. Sauf au milieu des garçons, je suis souvent la petite sœur dont on prend soin et dont on se moque.

Sauf que ce n’est pas le genre de relations que l’on peut avoir ici. C’est vraiment très mal vu d’être la seule fille au milieu de garçons. Donc je ne suis jamais allée sur un bateau, jamais dans le désert, je ne verrais jamais une grande partie de la vie Koweitienne, simplement car je suis une fille.

Depuis que je suis au Koweït, j’ai rencontré énormément de Koweitiens et je n’ai jamais fait parti d’aucun groupe. Comme je l’ai écrit plus tôt, je suis plutôt solitaire alors je n’ai pas de problème à avoir des gens qui entrent dans ma vie et en resortent. Mais cette façon de fonctionner fait que je ne serais jamais intégrée d’un point de vue social.

Je connais un garçon français qui fait parti d’un groupe. Du coup, son expérience au Koweït est vraiment différente de la mienne. Les membres du groupe font tout les uns pour les autres. Ils sont loyaux et généreux. Moi je reste un peu en marge. J’en ai déjà parlé dans l’article sur les relations sociales. Mais globalement, les garçons me parlent car je suis mignonne et française.

Ça m’a permis de vivre des expériences que je n’ai jamais vécu ailleurs.  Mais je ne suis pas intégrée comme le veut la définition : je ne fais pas partie d’un groupe. Cependant, je fais assez d’efforts pour ne pas faire tâche dans une société totalement différente de celle dans laquelle j’ai été éduquée.

Et comment je le ressens ?

C’est toujours très particulier, parce que je me sens intégrée dans la sphère publique. J’ai la chance d’avoir le bon passeport (français), je suis brune, matte, les yeux marrons donc je passe plutôt inaperçue. Je n’ai pas besoin de parler la langue parce que tout le monde parle anglais. Si je vais au restaurant et que je n’ouvre pas la bouche, on me donnera le menu en arabe. Je crois même avoir pris certaines attitudes et habitudes Koweïtiennes.

Tant que c’est dans le public, que c’est quotidien, alors je suis intégrée.

Dans la sphère privée… Je suis une fille qui traine avec des garçons, donc je ne peux pas être pleinement intégrée. Jamais je ne ferai partie d’un groupe parce que si le garçon qui m’a fait rentrer dans le groupe décide de ne plus me parler, alors le groupe entier me fermera la porte. Je connais ici des garçons qui ont de vraies relations avec des Koweïtiens. Ce n’est pas mon cas et je crois que ça ne sera jamais mon cas.

L’intégration est une difficulté constante et quotidienne. Je ne suis pas Koweïtienne, je serai toujours un peu exotique. Ça fait quelques mois seulement qu’on me dit que je suis so french, ce qui n’était pas arrivée avant. Plus le temps passe, plus je réalise que je ne serai jamais pleinement intégrée car je ne suis pas part of the thing. Du coup, pour gérer ça au mieux… Je rentre de plus en plus dans le cliché de la française !

Et toi, si tu es expatrié, comment vis-tu ton intégration ?

13 Comments

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    Barbara hilorico

    T’as du courage… pour moi ça serait compliqué ! Je suis trop « humain »… quoi que j’aime aussi la compagnie des animaux.
    Ça me fait rire aussi la partie « groupe de garçons » je suis le même genre….
    Chouette partage.

    • 2
      Eliz

      Après le point positif c’est que les relations que j’ai ici sont très fortes et pleines de sens. Je ne sais pas trop comment l’expliquer, mais les gens que j’ai rencontré m’ont toujours énormément apporté, même si ce n’était que sur du court terme…

  2. 4
    Audrey

    Coucou Liz,
    Je comprends bien ton point de vue. Je crois que même si les expat partout dans le monde s’intègrent à un certain niveau, ils ne peuvent néanmoins pas l’être pleinement…c’est un processus long et difficile et sans doute certaines différences culturelles font que c’est un peu compliqué parfois !
    En tout cas, l’essentiel est de se sentir bien dans son pays d’accueil !
    Bisous !!!

    • 5
      Eliz

      Oui c’est clair ! Je pense que c’est très compliqué de s’intégrer quelque part. Après, je pense aussi que ça dépend de ce qu’on appelle l’intégration.
      Par exemple, je pense que je ne me sentirai jamais vraiment intégrée à la société Koweitienne car je ne peux pas obtenir la nationalité. Pour certains ça compte, pour d’autre non… Ça dépend vraiment de ce qu’on met derrière le mot !

      Bisous :))

  3. 6
    JR

    J’ai vraiment bien aimé ce poste. Comme toi je suis plus tôt avec les garçons. J’en ai parlé de ça sur mon poste dans RDV, mais en gros, c’est exactement ça ce qui m’a poussé de la Hongrie (autre chose aussi, mais cela faisait une grande partie). J’ai toujours imaginé le Koweït consistant de plusieurs groupes. Y’a quelques ans que j’étais obsédée par les blogs de l’Arabie Saoudite, et beaucoup des blogueurs parlait de leurs vie en compound. Il me semblait toujours que c’était un peu hit or miss, d’après les expats que j’ai connu où j’ai vécu. Faut pas généralisé, bien sûr, mais ça m’a fait pensé.

    • 7
      Eliz

      L’Arabie Saoudite et le Koweït sont vraiment deux pays totalement différents. Ici il n’y a pas de compound (heureusement !) et les Koweïtiens sont facilement abordables et sont adorables. Cependant, les Saoudiens que j’ai rencontré ici le sont aussi… Mais je ne sais pas comment ça se passe en Arabie Saoudite.

      Le Koweït fonctionne vraiment par groupe en effet… Par exemple je traine beaucoup avec quelqu’un d’influent dans le monde du fitness et c’est assez hallucinant ce truc du « hit or miss ». Je pourrais aussi parler de l’influence des réseaux sociaux dans certains groupes à cause de la « non-mixité » d’énormément de lieux… C’est intéressant tiens, je pourrais presque en faire un article 😉

      • 8
        JR

        Fais-le ! Ça sera sûrement intéressant ! Et fais-le aussi parce que je viens juste de perdre toute ma réponse, car mon app a crashé, et je n’ai plus le moral de le refaire. 😀

  4. 9
    sophie

    Waouh. Au début je me demandais où tu voulais en venir, avec l intégration publique et la privée. Au final c est très clair, même logique comme tu l expliques, et je n aurais jamais imaginé. Merci pour ce partage et cet éclairage ultra intéressant.

    • 10
      Eliz

      Je n’avais jamais pensé à cette intégration privée/publique avant de participer à ce rendez-vous.
      Ça m’a d’ailleurs permis de mettre des mots sur quelque chose qui me gênait sans que je n’arrive à le comprendre.

  5. 11
    Clarisse - Pipelette & Gambettes

    Intéressant cette vision privée/publique ; je pensais à une autre dimension dans l’intégration privée. Avec par exemple le fait de suivre les coutumes à l’extérieur mais de garder des habitudes très françaises chez soi. Comme pour continuer de faire vivre sa culture d’origine. Mais finalement on est plus ou moins happé par la routine et on combine nos réflexes avec la nouveauté.
    Je pense que développer sa vie sociale à l’étranger c’est rarement facile, mais le mode de socialisation koweïtien rend les choses encore plus compliqués.
    Au Japon je dois redoubler d’effort et sortir des sentiers battus aussi ; ça fait un peu flipper mais pour le moment ça se déroule pas trop mal … je pensais aussi que la barrière de la langue serait un obstacle important dans mon cas ; mais j’ai déjà été amené à comprendre que malgré l’utilisation de la langue on ne forme pas des amitié facilement ici, c’est peut être meme pire à Tokyo. Pour l’instant je suis plus que reconnaissante pour l’invention du smartphone et des apps ! ahahah
    Dans mon cas je pense que ce qui me ferait sentir la plus intégré quelque part ça serait d’avoir ma routine, de suivre les habitudes du pays sans avoir à trop y réfléchir et avoir une vraie vie sociale ! =)

    • 12
      Eliz

      Oui je n’y avais pas pensé pour ce point de vue sur l’intégration privée, tiens ! Je ne sais pas si chez moi je suis très française, d’ailleurs. C’est marrant je n’avais jamais réfléchi à ça… Ma culture d’origine est de base un mixte (je suis d’origine portugaise) du coup je ne sais pas trop ce qui est français et ce qui est portugais dans mes habitudes…

      Développer sa vie sociale à l’étranger est pour moi la partie la plus difficile. Et je pense, quelque soit le pays, parce que là, pour le coup il faut oublier tout ce qu’on a appris en matière de sociabilisation dans notre pays. Par exemple, au Koweit (et ça me tue) si quelqu’un te dit le lundi « on se voit ce weekend », soit sur d’une chose, tu ne le verras pas. Soit tu cales une date, une heure, un endroit et tu check régulièrement si c’est toujours OK, soit ça n’arrivera jamais.

      La langue n’est jamais un vrai problème, mon anglais était un enfer et ça ne m’a pas empêchée de rencontrer tout un tas de gens ! Mais c’est tout le reste avec lequel il faut gérer ! Et j’ai l’impression en effet qu’à Tokyo c’est compliqué mais oui les apps m’ont aussi sauvé la vie !

      Et oui, quand on se plie aux habitudes du pays sans trop y réfléchir, je crois qu’on a atteint le pallier ! :))

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