Testée positive

Il y a un an, je ne pensais pas que j’allais devoir écrire cet article. J’y réfléchis depuis début février avec comme objectif de l’écrire et le publier pour le 1 er mars. Les choses ont fait que … j’ai été positive au COVID et que du coup, ma vision de cette année a changé en seulement dix jours de quarantaine.

Test positif et symptômes

Je ne sais pas trop où je l’ai attrapé. Ca peut être partout… Je ne pense pas que le COVID-19 n’existe pas et je ne suis pas tombée dans les théories du complot, mais je ne voulais pas m’enfermer et tomber dans la paranoïa.

Pour être honnête, j’ai surtout eu peur de perdre le contact humain. COVID ou pas, j’ai rencontré de nouvelles personnes, j’allais dans les cafés quand ils étaient ouverts et j’allais aussi toujours au restaurant. Je n’ai jamais eu un gel hydro-alcoholic dans mon sac et je n’ai jamais porté de gants.

Quoiqu’il en soit, un mardi je me suis réveillée en toussant et en ayant mal à la gorge. Et puis, j’ai eu du mal à tenir le rythme pendant mes classes virtuelles : j’étais rapidement essoufflée. J’ai fait le test le lendemain matin, simplement par acquis de conscience. Mais après le test, j’ai passé ma journée au lit, à sentir mes os et mes organes. C’est là que j’ai compris qu’il serait certainement positif.

En effet, le soir je recevais un texto m’indiquant que j’étais positive au COVID et que je devais aller à l’hôpital – une unité COVID – pour avoir mon certificat d’isolation.

C’est le jeudi que mon petit enfer personnel a commencé : une immense fatigue, de la fièvre, des maux de tête lancinants, une perte d’appétit, des nausées, une toux sèche et des difficultés à respirer. J’ai passé les trois jours suivants dans mon lit et à seulement bouger pour aller sur le canapé. J’ai eu aussi des douleurs aux os. A en pleurer. Je ne pouvais pas parler trop longtemps sans que cela déclenche des quintes de toux.

Les symptômes ont duré dix jours en s’atténuant légèrement chaque jour. J’étais dans l’incapacité de cuisiner, ni de ranger mon appartement et j’ai dormi dans la chambre d’amis car je ne pouvais pas changer les draps de mon lit. Le pire était cette fatigue : j’avais l’impression que mon corps pesait une tonne et j’étais dans l’incapacité de rester debout.

Photo by Prasesh Shiwakoti (Lomash) on Unsplash

La fatigue mentale

Mais lors de ces dix jours d’arrêt, j’ai aussi – et surtout – compris que mon cerveau n’en pouvait plus. Il n’en pouvait plus des injonctions : à rester chez soi, à ne pas sortir, à ne voir que les gens de son foyer, à ne pas voyager, à mettre son masque, à mettre son gel.

Il n’en pouvait plus non plus des réseaux sociaux qui nous font nous juger les uns les autres. On juge ceux qui ne respectent pas les gestes barrières, ceux qui ne respectent pas le couvre feu, ceux qui ne prennent pas de nos nouvelles, ceux qui voyagent et on appelle nos amis pour juger ceux qui ne font pas comme ils devraient faire.

On regarde de haut ceux qui ne mettent pas les masques correctement et ceux qui utilisent les autorisations à mauvais escients. Alors qu’on ne connait la vie de personne. Et pour certains, c’est certainement très difficile. Du coup c’est normal (et sain ?) de péter un cable. Pendant mon arrêt maladie, j’ai réalisé que, psychologiquement, j’étais à bout.

Il y a nos injonctions dans la vie privée et celles de la vie professionnelle. Il faut faire ses classes virtuelles du lycée. Dans des classes vides, sombres, déprimantes et froides. Il faut évaluer les élèves, il faut préparer les classes, il faut les maintenir à flot et les maintenir motivés quand ils passent leurs journées enfermés chez eux. Et que nous aussi, on a besoin d’être maintenu motivés et à flot.

Je n’étais pas en mesure de faire mes classes. Chaque matin, j’ai pris mon café sur mon balcon en lisant un peu de mon livre. J’ai commencé un puzzle, j’ai énormément lu et j’ai regardé des films. Je me suis soignée, physiquement mais aussi mentalement.

J’ai décroché du travail pendant dix jours. Je n’ai pas ouvert mes mails et ça a été salvateur.

Mentalement, c’était moi – Photo by Cristina Gottardi on Unsplash

Coup d’oeil dans le rétro

Ici, il y a de nouveau un couvre-feu mais je ne sais plus trop depuis quand. Et cette fois-ci, ça va. J’ai regardé les vidéos que je faisais pour mes élèves à la même période l’année dernière et quelle tristesse !

J’ai presque les larmes aux yeux dans certaines vidéos, et dans toutes, on peut voir que je suis à bout. En regardant derrière, je réalise que j’ai certainement sombré dans une depression un peu plus difficile à gérer que j’ai bien voulu me l’avouer et que j’en paye aujourd’hui encore un peu les pots cassés.

L’année dernière, je déprimais devant les comptes Instagram de ces gens qui faisaient du sport, qui apprenaient de nouvelles langues, qui faisaient tout un tas de choses nouvelles. Je me comparais. Je me comparais à des gens productifs pendant que j’étais au fond du trou.

Mais aujourd’hui je remonte la pente. En réalité, je suis contente d’avoir pris le temps de sombrer. C’est difficile à expliquer mais… En prenant le temps de sombrer, je n’ai pas perdu mon énergie à essayer de rester à flot.

Je n’ai rien fait. J’ai pris énormément de poids, j’ai mal mangé, j’ai pleuré. J’ai perdu du temps à ne rien faire. Et puis, j’ai beaucoup dormi et j’ai beaucoup joué à la console.

Au final… – Photo by Katarzyna Grabowska on Unsplash

Dix jours de quarantaine strict plus tard.

Je sais que je suis chanceuse. J’ai survécu au virus et je n’ai pas eu besoin d’aller à l’hôpital. Ca a été difficile de vivre ça toute seule mais plus facile que d’aller à l’hôpital. Donc pour ça, je suis reconnaissante.

Mais ces dix jours m’ont donné la possibilité de me reposer pour de vrai. Pas le droit de sortir et pas la force de faire des choses utiles. Au début, je me disais que j’allais quand même être productive et faire des choses, malgré le virus. Parce que bon même si je dors 20 heures par jour, il me reste 4 heures pour faire quelque chose d’utile.

Et pour la première fois depuis le début de cette pandémie, je me suis autorisée à ne rien faire. J’ai passé des journées entières au lit, à commander à manger pour ne pas avoir à faire la vaisselle. Et ça a été l’espèce de coup de boost que je cherchais depuis l’an dernier.

Ces dix jours off et complètement off m’ont fait me détacher de toute cette culpabilité que je trainais malgré moi. Coupable de mal manger pendant cette pandémie, de porter le même jean, de ne pas faire de sport. La culpabilité de ne pas écrire sur ce blog et de perdre du temps sur instagram à scroller et à consommer du contenu sans intérêt au lieu d’en créer.

Jusqu’au jour où, la quarantaine terminée, je suis allée marcher et j’ai commencé à cuisiner. Voilà, on s’était reposé de tout ça. Le monde n’a pas changé pendant ces dix jours mais moi, un petit peu. Je suis vivante et merci la vie pour ça. Merci à mon cerveau d’avoir lâché l’affaire et d’avoir enclenché le mode survie. Je suis prête, maintenant, à vivre de nouveau.

Le truc bien, c’est que du coup, j’ai de l’énergie pour repartir.

Quelque chose à ajouter ? :)