Le drame de la page blanche

Chaque personne qui tient un blog, une chaîne YouTube ou un compte Instagram vous le dira. Il faut planifier. Il faut avoir, dans ses tiroirs, du contenu « qui passe partout » pour ces jours où on a rien à dire. J’ai réfléchi toute la semaine à l’article que je voulais écrire aujourd’hui. Finalement, ça ne s’est pas passé comme prévu.

A l’origine, un article sur la pensée unique

Cette semaine, en errant sur YouTube, j’ai réalisé que toutes les vidéos de ma page d’accueil se ressemblaient. C’est ce que je déteste, avec les algorithmes, on se retrouve rapidement à tourner en rond. Un matin, je suis sortie un peu de mon cercle d’habitude, je suis allée voir un peu plus loin.

J’ai remarqué que tout le monde racontait la même chose. Une fois, une YouTubeuse a décidé de filmer sa rupture (parce qu’il faut être authentique) et depuis je crois que chaque séparation a droit à son film. Il y a quelque chose de malsain à voir des jeunes filles prôner la bienveillance quand leur travail les oblige à faire des choses qu’elles n’ont pas envie de faire.

Bon, voilà. Mon article devait faire quatre parties et poser la question suivante. Est-ce qu’Internet et les réseaux sociaux nous obligent à avoir une pensée unique ? Le fond de l’article, l’idée première, était de mettre l’accent que, quand on monétise sa vie, on est obligé de suivre les préceptes qui fonctionnent, ceux qui sont à la mode. Sauf que, autant c’est facile d’être quelqu’un d’autre au travail, autant c’est impossible quand la vie privée et la vie professionnelle sont intimement liées.

Ce matin, je me suis réveillée et j’ai pris mon petit déjeuner au nouveau McDonald’s qui a ouvert à côté des Kuwait Towers. Puis, quand je suis rentrée chez moi, je me suis dit qu’il fallait écrire cet article.

Mais… La page blanche.

Photo by Aaron Burden on Unsplash

Ce qui me manque quand je quitte le Koweït.

La page blanche parce que, simplement, je ne suis pas d’humeur à écrire là dessus. Je dois encore réfléchir à mon propre rapport à Instagram et aux réseaux sociaux. Aux raisons qui me poussent à adorer raconter une partie de ma vie sur la place publique. Et à celles qui m’empêchent de le faire.

J’ai commandé chez Paul. J’ai continué à regarder This Is Us et j’ai réfléchi à ce que j’allais écrire. Quand mon éclair au chocolat et les autres trucs que j’ai commandé sont arrivés, j’ai fermé la porte en pensant aaaah merci Talabat ! Puis, je me suis dit que ça serait bien de faire un article sur ces choses que j’aime au Koweït mais que je ne retrouve pas ailleurs.

Souvent, les expatriés racontent ce qui leur manque dans leur pays d’adoption. Les français parlent des mauvaises baguettes ou du fromage trop cher. Je me suis dit que j’allais faire l’inverse. Talabat me manque, quand je suis à l’extérieur du Koweït. Le fait de pouvoir manger à n’importe quelle heure du jour et de la nuit me manque aussi, quand je ne suis pas au Koweït. J’étais prête à écrire un paragraphe entier sur les shawarmas et un autre sur Elevation Burger.

Je me suis assise sur ma petite chaise devant la table de mon salon et j’ai ouvert WordPress. Et pour m’aider à me concentrer, j’ai mis … je l’avoue, la nouvelle émission qui fait scandale sur M6. Renaissance, je crois. Un truc qui m’a l’air un peu malsain, une émission dans laquelle les journalistes ont suivi des personnes qui ont fait l’opération pour maigrir.

Mais impossible d’écrire sur ce qui me manque quand je ne suis pas au Koweït. Alors j’ai quitté mon ordinateur, peut être qu’une sieste va m’aider ?

Photo by Robin Benzrihem on Unsplash

Et puis, il neige en France

Là, allongée sur mon canapé, j’ai reçu un texto. Une photo envoyée par ma mère. Vue de la porte fenêtre du salon, il neige en France. Trente secondes plus tard, j’ai reçu un texto, une photo envoyée par mon père. Une vue de la porte d’entrée, il neige en France.

Enfin une bonne nouvelle, écrit ma mère. C’est sur qu’entre les morts du COVID et le couvre-feu, rien n’est vraiment la joie, en ce moment.

Il neige en France. Je n’ai pas vu la neige depuis des années. Je n’ai pas eu froid sous la neige devant des siècles. Enfin une bonne nouvelle, il neige. Je pense à Alicia, deux ans et demi, bientôt trois, qui doit être aux anges devant la neige. Je pense à ses parents qui doivent être heureux de vivre avec elle cette expérience.

C’est la première fois depuis que je suis ici que je reste au Koweït si longtemps. Et je pense que je vais y rester aussi en février. Cette semaine était nulle. Je ne sais pas trop pourquoi, je n’ai pas aimé mes journées. Y a-t-il un phénomène scientifique, un Blue Monday ou quelque chose comme ça qui expliquerait tout ?

En tous cas, difficile de trouver de quoi écrire aujourd’hui.

Un article sur les mauvais côtés de l’expatriation ?

Ah tiens ! Je suis un peu déprimée cette semaine. Et si je décidais d’utiliser cette déprime afin de dépeindre un tableau affreux de l’expatriation ? La solitude dans laquelle on est parfois ? Super sujet ! Parlons du quotidien, de l’ennui ! Et si j’écrivais sur le Koweït, ce pays qui ne change jamais quelque soit les saisons ?

Et puis, non.

Ça serait injuste. Ce n’est pas l’expatriation qui fait ça. C’est juste la vie. Parfois il y a des coups de moins bien et ils arrivent quelque soit l’endroit où vous vivez. Parfois c’est un peu difficile d’être loin de sa famille, mais ça arrive, quelque soit l’endroit où vous vivez. C’est juste la vie. A la fin, l’expatriation, c’est juste la vie.

Malgré tout, de cette journée, j’ai réalisé une chose : je ne ferai jamais de chaîne YouTube. Je le mentionne ici depuis des années et je ne l’ai jamais lancée. J’ai compris pourquoi : cette page blanche que je suis toujours capable de surmonter à l’écrit, je n’ai aucune envie de la surmonter en vidéo. Je n’ai pas envie de me mettre, moi, en scène. Je suis trop timide pour ça. Cette journée n’aura pas servi à rien.

Photo by Jen Theodore on Unsplash

On va vraiment poster ça ?

Il fait nuit quand j’écris ces lignes. Et je suis contente parce que j’avais dit que j’allais écrire un article par semaine. Et malgré mes difficultés, j’ai réussi à écrire celui ci. Ma fierté rend cette journée meilleure. C’est ça, non qu’il faut faire ? Quand on manque d’inspiration, quand on procrastine… Si, finalement, il suffisait de se lancer ?

Sur ma To Do List du week-end, écrire cet article est la seule chose que j’ai coché.

Alors, oui. Oui, oui et oui. On va vraiment poster ça. Cette journée n’aura vraiment pas servi à rien.

2 Comments

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    inconnu

    Bonjour, merci merci et merci d’avoir posté. C’est rafraichissant de vous lire et inspirant. Cela nous change de notre routine. Continuez (si vous le voulez bien sur) à écrire et prenez soin de vous. bonne continuation

Quelque chose à ajouter ? :)