COVID-19, expatriation et résilience

Bon… Quelques semaines sans poster, ça commence à faire long. J’étais un peu occupée, à me créer une routine, à revenir au Koweït de la meilleure des manières et à accepter la situation.

Le retour a été particulier, mais pas désagréable. Une fois sortie de la quatorzaine, une fois que le quotidien a repris le dessus et une fois que les habitudes se sont ancrées de nouveau… La vie a été facile.

Je n’aurais certainement jamais la réponse à cette question mais, est-ce le Koweït qui rend les choses faciles ou est-ce que je suis capable de faire preuve de bien plus de résilience que ce que j’imaginais ?

La situation au 19 décembre 2020.

La situation ici est particulière. Les écoles sont toujours fermées, j’enseigne de ma classe mais sans élève depuis le 13 septembre. Et on ne sait pas pour combien de temps, encore. La rumeur dit mars. Puis une autre rumeur dit février… On entend que ça dépend de la campagne de vaccination.

Et ceci et cela. On entend un peu tout et n’importe quoi.

En dehors des écoles, tout est ouvert. Les restaurants sont ouverts, les cafés et les magasins aussi. Il n’y a pas de magasins de premières nécessités ou d’autres qui ne le sont pas. Les magasins qui sont fermés sont ceux qui ont décidé de le rester. Les salles de sport aussi sont ouvertes. Les cinémas sont toujours fermés, mais je crois que c’est tout.

Evidemment, port du masque et prise de température partout. Partout en théorie, pas partout en pratique. C’est marrant de voir ça, parce que les magasins ont ajouté une tâche (prendre la température) sur le cahier des charges de beaucoup d’employés. C’était évidemment tenu à la perfection au début, mais maintenant que la peur laisse place à l’habitude, certains employés n’arrêtent plus leur tâche en cours pour prendre votre température. Contrairement aux premiers jours.

C’est évidemment compliqué de voyager. C’est surtout difficile de revenir dans le pays. Il y a une liste de pays bannis (dont la France), il n’y a pas de visa délivré.

Ce n’est pas ma classe mais c’est le même sentiment – Photo by MChe Lee on Unsplash

Résilience.

La résilience, c’est la capacité à surmonter les chocs traumatiques. Une personne résiliente est une personne qui, face à une situation difficile, est capable de faire preuve de confiance et d’optimisme.

Je pense qu’à mon prochain entretien, quand on me demandera mes principales qualités, je parlerai de résilience et d’adaptabilité. J’ai confiance en la vie depuis un certain nombre d’années, mais ma vie au Koweït m’a vraiment appris à voir les choses sous un angle vraiment différent.

J’ai mal vécu le confinement Koweïtien. Être enfermée entre quatre murs 22h/24 reste une expérience que je serai incapable même de décrire. Les images des hordes de gens qui sortent marcher continuent parfois de me hanter. Et l’angoisse m’étreint quand j’y repense trop fort.

Mais… Après avoir passé des années à voir le verre à moitié vide, je le vois désormais plutôt plein. Et de cette époque, j’ai envie de me souvenir de ce Koweïtien étonné de m’entendre dire que je n’avais jamais vécu de couvre feu. Et qui m’a dit que certes, il y a un couvre feu, mais au moins il n’y a pas de tanks dans les rues.

J’ai souvent trouvé les Koweïtiens optimistes et confiants. J’ai toujours trouvé en eux quelque chose de rassurant. Pendant longtemps, j’ai pensé que c’était parce qu’ils étaient riches, qu’ils avaient de l’argent et donc une certaine sécurité. Et puis, maintenant, je me demande… N’est-ce pas aussi une caractéristique d’un peuple qui a connu la guerre il n’y a pas si longtemps que ça ?

C’est l’idée générale. Avec quelques pauses, parfois 🙂 – Photo by Fab Lentz on Unsplash

Être expatrié en temps de crise.

Je discutais avec mon collègue Alain qui a vécu un petit nombre de galères depuis mars. Pour faire simple : il est parti en vacances fin février et n’a pu revenir au Koweït qu’en aout… Il me disait que le plus difficile pour lui, finalement, c’était de réaliser que le Koweït ne voulait pas qu’il soit chez lui. Alors que lui, il considère que le Koweït est chez lui.

Ça soulève – encore une fois – la question du chez soi. Où est chez soi quand on est expatrié ?

Je n’ai pas eu la même impression qu’Alain. Parce que j’ai pu revenir au Koweït après mes vacances de février et que j’ai été obligée d’y rester parce que mon quotidien est là bas. Je n’ai pas quitté le Koweït car je devais y rester pour mon travail et parce que je ne pouvais pas laisser mon chat si longtemps.

Je suis partie en vacances quand j’ai voulu y partir et je suis revenue quand j’ai voulu revenir. Finalement, j’ai pu partir et rentrer comme je le désirais.

Je pense que pas mal d’expatriés ont quitté leurs pays d’expatriation parce qu’ils voulaient revenir auprès de leurs proches ou parce que, comme Alain, ils ont soudainement eux cette impression de ne pas vraiment être le bienvenu.

Et puis il y a les expatriés qui, comme moi, ont réalisé que leur vie était dans leur pays d’accueil. C’est difficile, évidemment, d’être loin de mes parents, de se savoir impuissante en cas de drame (la crise sanitaire a été une loupe là dessus, et je suis reconnaissante chaque jour qu’aucun drame ne soit arrivé) mais chez moi, c’est le Koweït.

Voilà. C’est chez soi que les histoires commencent… – Photo by Lea Böhm on Unsplash

Noël au Koweït

2020 est une année que l’on gardera en mémoire. Les fêtes de fin d’année doivent avoir une saveur particulière partout dans le monde. Avons-nous envie de faire la fête ? De célébrer la fin d’une année aussi étrange en sachant qu’au 1er janvier, ça sera toujours la même chose… La même ambiance. Le même ton.

J’ai décidé de rester au Koweït et fêter mon premier Noël chez moi. Ça sera un Noël bien différent de tous les Noëls que j’ai pu fêter jusque là. Ça sera le deuxième Noël sans dinde mais celui-ci aura quand même un dîner et des cadeaux au pied du sapin.

Je reste au Koweït car aller en France implique trop de choses. 14 jours dans un autre pays et 14 jours de quatorzaine. Et puis, je ne veux pas vivre de nouveau un couvre feu. Je ne veux pas me sentir enfermée encore une fois dans ma vie.

Et aussi, d’autres raisons un peu plus futile. J’écris cet article sur la terrasse d’un Costa Coffee, il fait 20 degrés, le ciel est bleu et le soleil chauffe doucement ma peau. Je suis en vacances, je vais pouvoir me reposer, reprendre la course à pieds et avancer sur mon travail de la troisième période.

Je vais avoir du temps. Mais pas du temps anxiogène, pas du temps à cause d’une pandémie. Du temps normal : le temps d’une enseignante en vacances. Et ça fait longtemps que je n’ai pas eu cette impression de normalité.

Je ne veux plus porter un masque durant tout un long courrier et voir les hôtesses en combinaison. Rester ici pour Noël c’est continuer à avoir cette impression de vie normale.

Photo by Annie Spratt on Unsplash

Et 2021 ?

Evidemment, le 31 sera bien tranquille. Ça fait des années que je ne célèbre pas la nouvelle année. Depuis que je suis au Koweït, d’ailleurs, je reste avec mes parents, nous mangeons, discutons, chantons, buvons et allons nous coucher… Parfois même avant minuit.

On le sait, le 1er janvier sera exactement comme le 31 décembre. Comme tous les ans, évidemment… Sauf que là, nous sommes dans une situation étrange. Au Koweït, je souhaiterai la bienvenue à 2021 et je remercierai même 2020 pour tous ses enseignements.

Mais en réalité, ce que je veux fêter avec ma famille, c’est l’après COVID-19. Autour d’un chapon aux marrons et de plusieurs coupes de champagne, on se racontera ce qu’on a appris et on se dira nos bonnes résolutions pour changer le monde. Voilà, c’est ça que je veux fêter en France.

La prochaine fois que je vais en vacances en France, je veux pouvoir la quitter avec le sentiment mélancolique de fin de vacances. Je ne veux plus ressentir la peur ou l’angoisse. Je n’ai plus envie de pleurer sur le parking de l’aéroport. Ni de devoir choisir un accompagnateur pour venir avec moi.

Et ce qui est chouette – et je le partagerai bientôt avec vous – c’est que les rénovations Normandes continuent d’avancer. Ma petite longère a une charpente, une dalle et ces quatre murs. La vie continue et c’est à ça que j’ai décidé de me raccrocher.

Photo by Moritz Knöringer on Unsplash

J’espère de tout mon coeur que vous allez bien, ainsi que vos familles. Je suis désolée de mon absence. Evidemment, je ne peux pas promettre d’être plus régulière. Mais… je peux cependant essayer.

Quelque chose à ajouter ? :)