L’Emir du Koweït est décédé

La rumeur court déjà depuis quelques semaines mais le mardi 29 septembre, c’est officiel. L’Émir du Koweït, Sheikh Sabah Al Ahmad Al Jaber Al Sabah est décédé. Il était aux Etats Unis depuis juillet pour se faire opérer suite à des problèmes de santé. Le Prince de la paix, Baba Sabah, s’est éteint à 91 ans.

Evidemment, il n’est pas question pour moi de parler de sa politique. Je n’ai pas les connaissances nécessaires pour le faire. Et surtout : je n’en ai pas envie.

L’importance de l’Émir

Quand je suis arrivée au Koweït, j’ai été très étonnée par le nombre incalculable de représentations de l’Émir dans le pays. En France, nous ne sommes pas habitués à voir les photos de notre président partout.

Ici, au Koweït, vous voyez l’Émir dès votre arrivée à l’aéroport. Il y a sa photo dans les hôtels, les restaurants, certaines boutiques et même sur le pare-brise de certaines voitures. Sheikh Sabah était un homme charismatique, souriant et à l’air bienveillant.

Alors, en tant qu’expatriée, j’ai un peu l’impression d’avoir appris à vivre avec lui. Je crois qu’il était cet Émir approchable, un homme de pouvoir qui ne se pense pas au dessus des autres. Il y a une photo que l’on voit souvent sur les réseaux sociaux. C’est l’Emir, coincé dans les bouchons, saluant les gens de la fenêtre de sa voiture. Une année, pendant la fête nationale, il a pris part aux festivités avec le reste de la population. Voilà, c’était ce genre d’homme.

C’était un leader qui semblait proche de son peuple. Vous savez, on dit qu’il n’y a que sept personnes entre vous et quelqu’un d’autre. Par exemple, il semblerait qu’entre François Hollande et moi, il n’y ait que sept personnes. Au Koweït, je pense que le chiffre est bien plus petit. Je suis sûre à 100% que, dans mon entourage, quelqu’un a pleuré parce qu’en perdant l’Émir, il a perdu un proche.

Annonce et deuil national

L’annonce officielle est tombée mardi en début de soirée. L’Émir est mort : le deuil est proclamé. Mardi, mercredi et jeudi sont fériés et les drapeaux seront en berne pendant 40 jours. Quasiment instantanément, certains restaurants ferment.

Avenues – le plus grand centre commercial – est fermé. Il y a aussi des boutiques fermées, certains cafés aussi et les banques, évidemment, gardent leurs portes closes. L’année dernière, Oman avait perdu son Sultan et le Koweït avait déclaré le deuil. Mais perdre le leader du pays dans lequel on vit est quelque chose de particulier et de très fort émotionnellement.

J’ai vu, autour de moi, des Koweïtiens être profondément peinés par cette nouvelle. Sur les réseau sociaux, les gens qui vivent au Koweït ont exprimé leur peine. De la tristesse, de la douleur, des coeurs brisés et toute les difficultés qu’apportent le décès d’un être cher.

C’est marrant, non ? Comme un Émir peut être un être cher pour une nation.

Certaines rues ont été fermées pour le transport du corps vers le cimetière. L’enterrement s’est fait hier dans l’intimité pour éviter les foules à cause du COVID-19… Les images m’ont brisé le coeur. Aujourd’hui – jeudi 1er Octobre – des gens sont allés se recueillir sur la tombe de Sheikh Sabah. Koweitiens et expatriés sont venus prier et pleurer.

La tristesse d’une nation donne au monde une autre atmosphère. L’endroit où je vis, généralement très bruyant, était très calme. Depuis mardi, c’est très calme. C’est le même silence respectueux que l’on entend durant les enterrements.

Une nation qui porte le deuil

Il y a cette photo qui tourne sur les réseaux sociaux. Bon, c’est une fake news mais c’est un screenshot qui explique les règles à suivre durant les quarante prochains jours. Les hommes ont l’interdiction de porter des short, les femmes doivent se couvrir les jambes, les bras et le dos. Pas de musique dans la voiture, etc… sous peine d’une amende et de quelques mois de prison.

C’est évidemment faux, c’est un hoax créé de toutes pièces. Mais je l’avoue : aujourd’hui, jeudi 1er Octobre, je suis sortie boire un café dans un des rares endroits ouvert. Je conduis quotidiennement avec de la musique, mais aujourd’hui j’ai baissé le volume. J’ai porté un pantalon et des manches longues au lieu d’une jupe et d’un crop top. Au cas où. Par respect.

Je suis quelqu’un qui suit les règles … quand je décide qu’elles méritent d’être suivies. Pour les prochains jours, je ne m’habillerai pas en noir mais, moi aussi, je porterai un peu le deuil.

Je suis peinée par cette nouvelle car, mine de rien, il était pour moi un visage rassurant. Tout à l’heure, dans la voiture, quand j’ai vu sa photo sur les panneaux publicitaires, eh bien, moi aussi, j’ai pleuré.

Alors voilà, je présente toutes mes condoléances à sa famille et au peuple Koweïtien et je partage votre tristesse…

  1. 1
    Ludivine

    Merci pour cet article, qui nous permet de découvrir une autre facette du Koweït et de nous projeter dans votre quotidien de ces derniers jours.
    C’est sûr que l’on ne retrouve pas ça en Europe.

    En sais-tu un peu sur qui va lui succéder ?

Quelque chose à ajouter ? :)