Shlonik ? Ça va, je suis libre !

Petite précision ayant son importance. J’ai écrit cet article le 6 septembre et j’ai oublié de le poster !

Comme je l’ai écrit dans mon dernier article, je suis de retour au Koweït. J’ai parlé du COVID et de comment le Koweït gérait la situation… Aujourd’hui, un article un peu plus personnel. Vous savez que j’adore ça : parler de mes sentiments dans des situations particulières. Vous êtes prêts ?

Confinement, un joli mot pour parler d’enfermement

Comme je l’ai déjà écrit, le 1er mars, le gouvernement Koweïtien annonçait la fermeture des écoles. Le 11, la fermeture de l’aéroport et le 12, la fermeture de … tout. Evidemment, les dates ne sont pas hyper claires dans ma tête. Je n’ai pas, comme beaucoup de Français, ce souvenir d’être assise devant la télévision à regarder l’allocution de l’Emir… J’ai vu les diverses informations sur Instagram.

Entre le 1er et le 12 mars, c’était relativement sympa car les restaurants et les cafés étaient encore ouverts… Je travaillais hors de chez moi, j’allais faire du sport le matin et la vie suivait son cours. C’est difficile, quand on est seule, de se forcer à une routine saine. En tout cas, moi, j’ai tendance à me laisser aller à ne rien faire !

Et la situation n’a fait que s’empirer : couvre-feu partiel puis total... Le couvre feu total a été une petite catastrophe psychologique : 20 jours enfermée, deux heures par jour pour sortir marcher. Seulement marcher, la voiture étant interdite. Je fais partie de ces gens qui ont besoin de l’extérieur.

Quand le couvre feu total a été levé pour faire face à un nouveau couvre feu partiel, il faisait trop chaud dehors pour sortir aux heures autorisées. Et surtout, j’étais tellement rongée par l’angoisse que sortir n’était même plus une option. Sortir pour faire quoi ? Pour aller où ? Pour choper le COVID-19 en touchant une poignée de porte ?

A la mi-juin, après avoir discuté avec mes parents, le directeur, ma psy et mon chat, j’ai pris un billet pour la France, sans même savoir si l’aéroport allait ré-ouvrir. Sans savoir si j’allais pouvoir revenir travailler au Koweït. Mais dans mon esprit, je préférais perdre mon travail que prendre le risque de voir l’aéroport s’ouvrir à la fin aout... En ayant passé l’été en Koweït.

Une superbe photo de mes sauveurs par Jan Rosolino sur Unsplash

Retour en France : liberté chérie.

Les modalités ont changé depuis mais quand je suis arrivée en France, l’aéroport était un gruyère ! J’ai pu rentrer sans test, sans preuve, sans rien. J’avais juste rempli un petit papier (en quatre exemplaires) qu’on ne m’a jamais demandé !

Mais l’aéroport était vide et il y avait les marquages au sol. Il était conseillé de faire une quatorzaine mais aucune obligation. Mes parents m’attendaient devant les petites barrières avec peut être quatre autre personnes… Tout le monde portait un masque. Il faut laisser deux mètres de distance entre soi et les autres mais après quatre mois d’angoisse, j’ai pleuré dans les bras de ma mère.

L’écrire me donne les larmes aux yeux.

C’est en étant en France que j’ai réalisé à quel point le confinement a été un traumatisme pour moi. En France, c’était la liberté, la possibilité de conduire pour manger en terrasse et de me balader dans les rues. C’était simplement le retour aux détails essentiels à une vie heureuse pour moi. L’air frais et la possibilité de sortir quand je veux, où je veux, pour aussi longtemps que je le désire.

Être en France, c’était aussi être avec ceux que j’aime. Et qui me manque. Je ne vais pas parler de la nourriture, du champagne et des patisseries… Ceux là font partis des mes étés depuis 2015. Cette année, j’ai eu l’impression d’être libre.

Billet d’avion annulé et PCR

La veille de mon départ du Koweït, le gouvernement a annoncé la ré-ouverture de l’aéroport pour le 1er aout. Arrivée en France, je me suis précipitée sur un billet : avec seulement un retour à 30% du traffic aérien, j’avais peur de me retrouver sans avion, sans rien.

Mi-juillet, la France met le Koweït dans la liste des pays qui n’arrivent pas à gérer l’épidémie et arrive le volet diplomatique du virus. Le Koweït répond en supprimant les vols directs de la Kuwait Airways. Mon billet est annulé. Mais j’ai de la chance, c’est le seul depuis le début du COVID et la Kuwait Airways est très réactive en matière de remboursement.

En fait, je réalise à quel point je suis résiliante. J’accepte, je dis oui à ce qui est depuis mars. Evidemment, mon humeur n’est pas égale, parfois je suis au fond du trou et d’autres fois c’est l’euphorie. Mais j’ai pris les choses comme elles étaient. Donc quand j’ai reçu le SMS annonçant l’annulation du vol eh bien… J’ai simplement demandé le remboursement.

En tous cas, Qatar Airways a gagné une cliente régulière : ils ne m’ont rien annulé !

Ensuite, la PCR… Je me doutais que ça allait être une histoire sérieuse : il faut les résultats en anglais et 72h avant l’arrivée au Koweït. Vous prenez un vol d’une durée de 10 heures et déjà vous perdez du temps. J’ai pris rendez-vous deux semaines avant à l’hôpital Américain… Test à 8 heures, résultats à 15 heures. Emballé, c’est pesé, je suis prête à partir.

J’ai pleuré dans le parking de Charles de Gaulle. Ca ne m’était jamais arrivé. Le retour va être difficile, mon cerveau a associé le Koweït aux quatre derniers mois passés là bas. Solitude, ennui, restriction… Je n’ai aucune envie de vivre ça.

Ça fait un peu mal, cette histoire. Photo par Mufid Majnun sur Unsplash

Quatorzaine : ennui et selfies

J’atterris au Koweït à 4 heures du matin, je retrouve mon appartement – oh il est si vide – je retrouve mon chat – oh tu m’avais manqué – et on est parti pour quatorze jours face à moi-même.

Face à moi-même et face à … l’application Shlonik (ça veut dire « ça va ? » en Koweitien) qui envoie régulièrement des notifications pour savoir si je suis bien chez moi ! It’s time to check in ! Il faut envoyer un selfie. Cinq par jour… Mon quotidien – mon ennui – est rythmé par ces notifications. Je prends mon selfie et je fais une sieste. Je prends mon selfie et je prends ma douche.

Il est hors de question d’être interrompue dans mon sommeil pour faire un selfie.

Au début, je voulais écrire quotidiennement ce que je vivais et comment je le vivais mais j’ai laissé tomber. Les premiers jours sont presque normaux : il faut déballer les valises et ranger l’appartement qui a été laissé à l’abandon pendant deux mois. Et puis, il y a le chat, qui veut de l’attention.

Au bout de cinq jours, l’appartement est propre, les lessives sont faites, qu’est-ce qu’on fait ? Eh bien, rien. J’ai cousu, beaucoup et puis ça m’a ennuyé. J’ai regardé Netflix et ça m’a ennuyé. Sans contrainte, il n’y a pas de plaisir.

Après une dizaine de jours sont venus les pires pensées. La solitude, et puis, la réelle question : et après ?

Parce qu’il y a cette quatorzaine, où il est impossible de sortir : c’est interdit, forbidden. Mais après ? Que vais-je faire au Koweït ? Où aller ? Est-ce que je ne suis pas condamnée à passer mes journées enfermée ?

Quatorzaine terminée : bonjour liberté ?

Dimanche 6 septembre, je me réveille, aucun selfie à faire. Sur l’application, il n’y a plus le décompte des jours. Oh bah tiens, je suis libre. Personne pour me féliciter ? Il n’y a pas une petite phrase sur l’application pour me confirmer que je peux sortir. Je ne dois pas refaire un test. La vie, simplement, reprend. Comme si j’avais été on hold.

A 6 heures du matin, je suis dehors – dans l’humidité lourde – pour marcher 5 kilomètres. Et après ? Après, je rentre chez moi. Et après ? Je prends la voiture, pour aller nulle part. Après, je rentre chez moi. Ensuite, je prends un café avec une amie et je vais marcher avec un ami. Et puis … je rentre chez moi.

Lundi, je sais que l’euphorie de cette prétendue liberté sera déjà émoussée. Parce que ne l’oublions pas : je suis au Koweït. Et que je ne sais pas quoi faire, car mes habitudes, mon quotidien, mon apprentissage du temps qui passe est complètement français. C’est surtout lié à l’extérieur, à l’air frais et à la marche à pieds.

Et en effet, lundi – aujourd’hui – je suis restée chez moi. J’ai vu des collègues – pour travailler, c’est la rentrée – mais c’est tout. La liberté est toute relative, et la manière de passer le temps l’est tout autant. J’ai le droit de sortir de chez-moi mais je n’ai juste rien à faire dehors…

Pour moi, la liberté c’est ça. Photo par Romain V sur Unsplash

Koweït 2020 – 2021 : dépassement de soi et vie sociale

C’est une nouvelle année qui commence. A distance, évidemment. Et j’ai un peu peur de me retrouver, de nouveau, chez moi du matin jusqu’au soir. Même s’il n’y a plus de couvre-feu, la vie au Koweït n’est pas celle que j’aime pour mon quotidien. C’est vrai que nous sommes dans un environnement confortable, mais j’en ai marre d’être dans ma zone de confort perpétuellement.

Et de n’avoir rien qui m’attire à l’extérieur de cette zone. Il y a des choses à faire au Koweït, mais il n’y a rien qui me fasse rêver. Non, je ne veux pas aller à la salle de sport, non je ne veux pas passer mes journées au bord de la piscine, non je ne veux pas trainer avec des gens juste pour être entourée physiquement.

Ce que j’aimerais, pour cette nouvelle scolaire, c’est de ne plus me sentir seule comme j’ai pu l’être de mars jusqu’à juin. Alors, je vais essayer d’aller plus vers des gens qui me correspondent, moins vers des gens qui font le taff. Je voudrais arrêter de perdre mon énergie dans des trucs – et des gens – qui ne m’apportent rien. C’est à dire, qui ne me font pas grandir et surtout qui aspirent mon énergie ô combien importante !

Ceci dit, j’espère sincèrement être capable de reprendre le travail bientôt et qu’on ne va pas avoir un autre couvre feu. Psychologiquement, je ne sais pas si je le tiendrais, celui ci !

J’espère que vous allez bien et que vous êtes tous bien prêts pour cette nouvelle année !

3 Comments

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    Hamadi Alonso

    Bonsoir Liz,
    Oh que je comprends ton état d’esprit, ton parcours, tes angoisses et souhait.
    J’aurais tellement aimé pouvoir « papoter » plus longuement avec toi lors de nos échanges furtifs au LFK…… je suis certaine qu’on aurait bien accroché toutes les deux.
    Je continue de te suivre et qui sait, on se recroisera peut être à Koweït, Paris, Lille ou Normandie 😁

  2. 2
    Marchal Jean de Thonne les Prés (Meuse) et d'île de France

    Bonjour et merci de ces nouvelles si intéressantes, à la fois du Koweït et de ce monde intérieur qui est le vôtre. La privation de liberté est un thème tout à fait important. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, il y a une privation de liberté liée à un phénomène externe : la présence d’un virus particulièrement résistant. Cependant, la possibilité de lutte intérieure existe pour chacun de nous, mais nous ne disposons pas des mêmes outils. Par ailleurs, chaque groupe humain détermine en fonction de sa culture ce qu’il accepte ou refuse en matière de privations ou atteintes à la liberté. Ce qui est à observer, c’est une importance accrue qui est donnée à la vie et à la prévention de la maladie partout dans le monde.

  3. 3
    Ludivine

    Ca ne te dirait pas de reprendre tes études (à distance) ? Pour le fun ou dans un objectif pro pour acquérir de nouvelles compétences ?

    Il y a aussi les MOOC qui peuvent être intéressants, pour enrichir ou renforcer ses connaissances perso ou pro. Je pense notamment à un MOOC pour apprendre l’arabe.

    Vous faites toujours cours à distance ?

Quelque chose à ajouter ? :)