Pourquoi j’ai supprimé Instagram.

Si vous me suivez – ou stalkez – sur instagram, vous avez du voir que j’ai tout supprimé. Puis posté de nouvelles photos. Puis plus rien. Parfois – rarement – des stories. Puis plus rien.

Bon, j’avoue, j’ai pris cette décision un peu sur un coup de tête. Mais, eh, maintenant que j’ai surmonté la crise de FOMO qui en a découlé, je vous explique un peu.

Des scientifiques, des avocats et des humanistes.

Je suis plutôt du genre à penser qu’il faut faire plutôt que dire et laisser ses actions nous définir. Instagram c’est tout l’inverse. Particulièrement au Koweït. J’ai écrit, il y quelques années, un article sur les réseaux sociaux au Koweït et sur l’utilisation d’instagram.

Quelques années plus tard, j’ajoute une ligne : au Koweït, instagram est l’outil parfait pour entretenir sa réputation. On maquille, déguise, accentue certains traits et effacent d’autres.

Durant la crise COVID, tout le monde enfermé chez soi pour le total lockdown, on a vu surgir sur Instagram un nombre incalculable de scientifiques ayant son mot à dire sur le virus. Avec mépris et jugements sur les gens qui ne suivent pas les directives… quand eux-même choisissent les règles qui les arrangent.

Et puis ensuite, il y a eu George Floyd. Je suis contente que l’on parle des violences policières et du racisme. Mais quand on défend un George Floyd, peut-être faudrait il aussi libérer la Nanny qui dort dans la pièce sans fenêtre ?

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le ras-le-bol qui m’a fait cliquer sur désactiver mon compte. Ce sont ces gens, privilégiés jusqu’à l’os depuis leur naissance, qui réalisent que oh tiens, il y a des gens qui n’ont rien. Et d’un coup, tous ces bons samaritains partagent leurs dons, se mettent en scène. Eux au centre évidemment. Toujours au centre.

Une espèce de vomi de bons sentiment par des gens qui portent des pancartes « regardez moi ». On peut aider sans filmer, sans prendre de photos et sans se mettre en scène, non ? Les personnages principaux ici sont, à mon sens, les gens dans le besoin.

J’aurais pu, simplement, arrêter de suivre ces gens là.

Instagram : une boucle

Comme Instagram est une boucle, il est difficile de simplement arrêter de suivre ces gens là. Les bonnes actions se propagent à la vitesse de l’éclair et fusent de partout sur le réseau. Je suis toujours partagée. Je sais qu’il y a des gens dans le besoin, mais j’ai du mal à supporter qu’on utilise la situation pour de la reconnaissance. Ou pour donner des leçons.

En général, j’ai du mal avec les privilégiés qui donnent des leçons. Et j’ai encore plus de mal avec les privilégiés qui donnent des leçons sur Instagram. Et ça devient difficilement supportable dans une boucle comme Insta.

Parce que c’est du partage et du repartage et de l’inspiration et de la copie. Les bonnes actions, mais aussi les partenariats, les collaborations et les invitations.

Tout le monde est invité par le même resto dans la semaine et tout le monde écrit les mêmes choses. Une modèle pose pour un photographe, tous les photographes vont l’appeler pour poser. C’est une boucle dans les idées, dans les contenus, dans les choix éditoriaux. Petit à petit, les profils deviennent tous les mêmes.

Et moi, qu’est-ce que j’y gagne ? Qu’est-ce que j’apprends ? J’apprends à ne jamais aller dans un restaurant qui a invité tous les bloggers du Koweït… J’apprends aussi que souvent le réseau vaut plus que le talent. Et que l’argent peut suffire. Ce sont des choses loin de mes valeurs et je m’en veux de les avoir intégrées et acceptées.

Photo by Ryan Stone on Unsplash

Et ma place, là dedans ?

J’adore écrire. Plus journal intime que guide touristique, j’adore écrire mes pensées, mes impressions et mes reflexions. J’adore partager mes tourments parce que je me dis qu’il y a bien quelqu’un qui s’y retrouvera. J’adore ça.

Alors j’ai commencé à écrire sur Instagram. Parce que j’en avais marre de poster mes photos de vacances. Je ne suis pas une bonne photographe et je sais mieux décrire que capturer. C’est comme ça. Instagram est devenu mon carnet de route, mon journal de bord, la preuve de mon évolution en ce bas monde.

Des selfies pour accompagner mes écrits parce que bon, je suis là pour partager mon évolution, non ? L’évolution est aussi physique. Je n’ai jamais écrit pour un public, ça n’a jamais été le but.

Ça a changé le jour où un photographe amateur et débutant m’a contacté pour que je pose pour lui. Il voulait simplement s’entrainer, se perfectionner et je m’ennuyais. Il en sort des photos que je trouve super cool, le type est sympa et on passe un bon moment.

Je la poste sur Insta et, pour voir, je sponsorise la photo. Je reçois des tonnes de messages de la part de photographes amateurs, ils veulent que je pose pour eux. Personne n’est professionnel, je suis là pour m’amuser, eux pour s’entrainer.

La spirale commence sans que je le réalise.

Je me fais inviter dans un engagement pod, j’aime et commente des photos que je n’aime pas en réalité, je reçois des commentaires nazes. Mais aussi : mes statistiques remontent, de plus en plus de gens commentent et aiment mes posts.

Je prends tout ça très au sérieux : je poste à heures fixes, des gros comptes me suivent, je les suis en retour et petit à petit, je perds plaisir à faire ce que je fais.

Sans plaisir, quoi d’autre ?

Je poste des photos que j’adore mais qui n’ont pas l’engouement attendu. Celles que j’aime moins cartonnent. Des écrits que je sors de mes tripes et je reçois des compliments sur mon physique. 90% des messages que je reçois proviennent de types qui me draguent. Quand je ne réponds pas sur Instagram, on me contacte sur Facebook ou par mail.

D’un coup, j’ai l’impression de n’être qu’un personnage public à la merci d’inconnus. Autant j’adore l’attention de gens que j’aime, autant celle d’inconnus n’a aucune importance pour moi. Pire encore : elle me gêne. Ces inconnus sont partout.

J’ai lu l’article de Onmytree qui annonce la fin de son blog. Et je me suis retrouvée dans chacun de ses mots. On commence quelque chose pour notre plaisir et on se retrouve perdue, coincée dans quelque chose qui ne nous convient plus.

J’ai refusé des collaborations avec des photographes car je ne suis pas modèle et je ne désire pas l’être. J’aime écrire, c’est vrai, mais pour ça, le blog me suffit. Je n’aime plus le feed d’actualités que j’ai, car même les gens que j’ai suivi durant ces années ne representent plus quelque chose que je désire être.

Sans plaisir, sans passion, il n’y a plus rien. Le confinement me l’a appris. Devenir qui je veux être oui, mais ai-je besoin d’un public pour ça ? Pas tellement, je crois.

Photo by Randalyn Hill on Unsplash

Après le FOMO, le JOMO

Au début, j’avais peur de louper. Mais louper quoi ? Des messages, des posts, des stories, des trucs à faire. J’ai eu peur d’être seule, mais est-ce que je suis accompagnée par ces inconnus qui m’écrivent ?

Je ne savais plus profiter des choses sans les partager, mais les partager avec qui ? J’ai acheté ma maison normande et la seule personne avec qui je prends un réel plaisir à en parler est mon père. On y va ensemble, on casse, on en discute, je parle des projets d’aménagement à ma mère.

Mon frère et ma nièce viennent visiter, je montre les plans à Mark et Ana, j’envoie les photos à Ondine. Je pars en Bourgogne avec ma mère et on pleure de rire sur des bêtises. Je ne poste rien. Mes yeux profitent de la verdure et je montre les nuages qui ressemblent à des monstres à ma mère.

Je ne vais plus sur Instagram et je me fiche de ce que je loupe. JOMO : Joy Of Missing Out. La joie de louper des trucs mais surtout, la joie de profiter à 100% de chacun de mes pas. Je recommence à apprécier les petites choses. C’est vrai, nous ne sommes pas aux Maldives, il n’y a ni ciel bleu ni mer turquoise.

Mais il y a tout ce qui n’est pas partageable : la joie, les rires, les cafés bus sur les aires d’autoroute, les cigarettes fumées dans la nuit, les beaux plats mais surtout les plats savoureux.

Un vin, on doit le regarder d’abord, mais surtout le sentir et le goûter. Et ça, on peut faire ce qu’on veut, on ne peut le partager avec personne d’autres que les gens qui le sentent et le goûtent aussi.

Et ceux là, ils ne sont pas sur Instagram.

2 Comments

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  1. 1
    Pause café avec Audrey

    Coucou Liz
    Je me doutais bien que ta disparition d’Insta était dû à une constatation. Je n’ai pas posté de photos pendant des mois et je viens tout juste de m’y remettre mais je ne trouve pas non plus ma place sur ce réseau. En même temps je ne partage jamais rien de trop personnel et ça me va comme ça. Ma vie perso m’appartient et je ne compte pas partager tout ça avec des personnes que je ne connais pas ! Le blog me suffit aussi largement, car comme toi, ce sont les mots qui m’importent !
    Des bisous
    Audrey
    https://pausecafeavecaudrey.fr

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