Mais, tu fais quoi, au Koweït ?

Cette question, pourtant très simple, peut me retourner le cerveau pendant des heures et des heures. J’ai déjà écrit à propos de ce que je fais au Koweït, plutôt en réponse aux Koweïtiens vivant sur place. Mais, je n’ai jamais su quoi répondre lorsqu’on me demande ça en France.

Le truc, dans cette question, c’est le « mais ».

Une situation difficile à comprendre

C’est sur le Chemin de Saint Jacques de Compostelle que cette question est le plus souvent revenue. En même temps, imaginez… Au bout de deux semaines de marche, je sens la chèvre, je porte toujours les mêmes t-shirt, je mange avec les mains pas toujours très propre, je me promène perpétuellement avec une gourde à la main et je fais pipi derrière les arbres.

Et je raconte que je vis au Koweït.

Le Koweït, M6 fait des reportages pour expliquer c’est le nouvel Eldorado, M6 filme les multimilliardaires dans leurs grandes maison à Khiran au volant de leurs voitures vendues en trois exemplaires. Vice fait un reportage pour raconter que les Koweïtiens ont des tigres domestiques. Vice filme les obèses du Koweït vivant dans l’opulence.

Et moi, je sens la chèvre sur le Chemin de Saint Jacques et je passe mes journées au Koweït. Ma vie est dans un pays pétrolier, je roule en voiture de course, je peux avoir une femme de ménage, je côtoie des gens qui m’envoient leurs chauffeurs et je passe mes vacances sur le Chemin de Saint Jacques.

Les gens ne comprennent pas.

Mon métier ne suffit pas

Quand je réponds, simplement, que je suis maîtresse d’école, je vois rapidement que la réponse ne suffit pas. C’est bien simple, je suis maîtresse d’école, OK, mais je fais quoi, au Koweït ?

Répondre que j’enseigne n’est pas suffisant. Je peux expliquer mon parcours, raconter mes journées, expliquer que c’est enrichissant, j’ai l’impression que la Liz que les gens rencontrent ne va pas avec l’image qu’ils ont du Koweït.

Est-ce qu’ils ont tort ? Non, je ne crois pas. Moi aussi je me demanderai pourquoi. Du coup, j’ai réfléchi à ce « mais ». C’est vrai au final, j’enseigne mais je fais quoi, au Koweït ?

Eh bien, j’ai décidé d’appliquer à moi même ce que j’explique aux parents à chaque rentrée. Souvent, ce qui ne se voit pas est le plus important.

Photo by Kelli Tungay on Unsplash

Au Koweït, je grandis.

Ca se voit si on me connait, mais les inconnus ne le réalisent pas. S’expatrier, c’est se mettre dans des situations inconnues et différentes, du lever jusqu’au coucher. S’expatrier c’est aussi devoir se sortir de toutes les situations toute seule. Alors qu’en France, il me suffisait d’aborder un point problématique à table avec ma famille pour le régler, ici je dois chercher de l’aide à l’extérieur de ma zone de confort.

S’expatrier, c’est souvent vivre dans une nouvelle langue. Franchement, vous savez combien c’est frustrant de ne pas être compris ? Eh bien il y a pire : ne pas pouvoir s’exprimer.

Au Koweït, j’apprends à ravaler mes frustrations et à ne pas faire de petits caprices.

Au Koweït, j’apprends des Autres

Vivre au Koweït, c’est, en réalité, une chance inouïe pour moi. J’apprends chaque jour quelque chose de nouveau. Sur une seule journée, je suis en contact avec des Koweïtiens, des Libanais, des Français, des Canadiens, des Indiens ou des Pakistanais.

Vivre au Koweït, c’est comme être perpétuellement en voyage. On apprend toujours des Autres quand on voyage. Les gens que l’on rencontre nous donne des petits morceaux d’eux. Être au Koweït, c’est ça. C’est s’ouvrir et prendre des petits bouts des Autres et de leur façon de vivre.

Photo par Stefan Cosma pour Unsplash

Au Koweït, j’apprends sur moi

Franchement, et c’est la raison pour laquelle c’est difficile pour moi de partir du Koweït, c’est que j’apprends énormément sur moi. Et je peux regarder mon évolution, la savourer et me féliciter de la personne que je deviens.

J’ai le temps de regarder comment j’évolue. Physiquement, déjà. Mon visage s’affine, j’ai de moins en moins ces joues et cette bouille de bébé. Mes yeux sont plus joyeux.

Au Koweït, je me lance des défis

Il y a quelque chose de plutôt ennuyant dans le fait de vivre au Koweït. Pour pallier à ça, je me lance perpétuellement des défis. Des défis personnels, des défis physiques. J’essaye de nouvelles choses et je me lance régulièrement dans le vide.

Est-ce que j’y gagne tout le temps ? Non, pas réellement. Est-ce que ça vaut le coup d’essayer ? Pas tout le temps non plus. Mais ça permet de toujours se dépasser et c’est toujours ça de gagné.

Au Koweït, je prépare mon avenir.

Ca, c’est le point le plus difficile à expliquer. On vit dans l’ère du Carpe Diem et je comprends l’idée générale. Cependant, je trouve ça excessivement angoissant de penser qu’on est obligé de vivre chaque jour comme si c’était le dernier. Je pense aussi que, au fond, nous devons préparer notre avenir.

Je profite de chaque jour, mais je sais au fond que, pour avoir un avenir qui me convient mieux, je dois le préparer aujourd’hui. Au Koweït, j’ai le temps de réfléchir à ce que je veux faire, de faire un plan, d’y penser et d’économiser.

Est-ce que ça veut dire que je ne vis pas chaque journée ? Non, je profite de chaque minute mais je sais que mon avenir n’est pas au Koweït et je dois être prête pour l’après… Donc je le prépare.

Alors voilà, tout ça c’est ce que je fais au Koweït. C’est ce que je fais quotidiennement sans que personne ne le voit.

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4 Comments

Ajoutez les vôtres
    • 4
      Eliz

      Coucou Audrey !

      Oui, j’ai eu un grand moment de syndrome de la page blanche, je vais essayer de revenir poster de temps en temps ! Je vais rattraper mon retard sur ton blog aussi, du coup :))
      Bisous !

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