Saint Jacques de Compostelle : Retour sur mon Camino Francès

Le 17 juillet 2019 aux environ de 7h30, je partais faire mes premiers pas sur le Chemin Français, reliant Saint-Jean-Pied-de-Port à Saint Jacques de Compostelle. 779 kilomètres.

27 jours plus tard, le 12 août, aux environ de 8h30, j’arrivais à Saint Jacques de Compostelle. Et j’ai décidé de continuer. Je terminais officiellement cette aventure le 15 aout, à Finisterre, à côté du signe indiquant le kilomètre 0.

Alors, du coup, j’ai appris quoi pendant ce mois entier à marcher ?

Le premier pas est le plus difficile.

J’ai quitté Paris le 16 juillet. J’avais réservé un petit gîte, pris une chambre individuelle et mon plan était de commencer à marcher le lendemain.

Il faut savoir que je n’ai aucune expérience dans la randonnée, que j’avais fait confiance au vendeur du Vieux Campeur pour mes chaussures et que j’avais un minuscule sac à dos. Tout le monde semblait cent fois plus équipé que moi et j’avoue que j’ai eu un gros syndrome de l’imposteur quand j’étais en train de me chausser dans l’entrée du gîte.

Le premier pas est le plus terrifiant pour moi. Ce jour là, je me suis réveillée à 5h00 et je ne suis partie qu’à 7h30 parce que … j’avais peur. Ce qui m’a motivée ? Le mec à l’accueil qui m’a regardé et m’a dit « Tu es habituée à randonner, toi, non ? »

J’ai souri, j’ai fait taire la petite voix dans ma tête qui me disait qu’il vaudrait mieux pour moi repartir à Paris et je suis partie faire les premiers pas des 779 kilomètres qui m’attendaient.

Non, le Chemin ne t’apportera pas toutes les réponses.

Je trouve qu’il y a une vision très romantique du Chemin de Saint Jacques de Compostelle, presque mystique. J’avoue que j’imaginais que j’allais marcher et que j’allais trouver toutes mes réponses. Qu’elles allaient, quelque part, tomber du ciel et arriver devant moi pendant que je marchais.

Well… Non, ce n’est pas vraiment comme ça que ça se passe. Pour être honnête, la marche se rapproche de la méditation en pleine conscience. Si tu n’as pas entraîné ton cerveau à penser et à remettre des choses en questions, la seule chose que tu auras en tête ce sont des comptines pour enfants. Spring is here, spring is here, how do you think I know ?

Les premières préoccupations sont de manger, boire, dormir et tes pieds. Le reste, finalement, c’est toi qui dois t’y confronter. Par exemple, je voulais réfléchir sur mes relations aux autres et à ma famille. Le fait d’être seule dans un endroit où je n’ai rien à penser m’a permis de faire le vide et de comprendre certaines choses.

Loin du quotidien, donc avec aucune excuse pour ne pas se poser et réfléchir, le Chemin de Saint Jacques de Compostelle m’a permis de mettre en exergue un nombre incalculable de choses et surtout… m’a aidé à les comprendre.

Le dépouillement pour se retrouver.

Un pèlerin c’est quelqu’un qui perd ses peaux. Souvent on croise des gens qui ont renvoyé des effets personnels par la poste parce que ça pesait trop lourd.

Marcher pendant 30 jours avec son sac sur le dos permet un premier dépouillement matériel. Deux T-shirt suffisent, un leggings et un short suffisent. Ça permet de remettre de l’ordre dans ses priorités. Mon voyage en Asie m’avait déjà donné l’occasion de m’ouvrir au minimalisme du coup, mon sac à dos était le plus léger possible. J’ai cependant réalisé, au bout de 10 jours qu’il y avait certains effets que j’aurais pu laisser à Paris.

Mais le plus impressionnant c’est le dépouillement psychologique. Vous connaissez la charge mentale ? En gros, c’est tous ces trucs « à faire plus tard » qui restent dans un coin de notre cerveau. Eh bien, pas de charge mentale sur le Chemin ! 

Aucun intérêt de penser à « plus tard » puisque tout se vit maintenant. Chaque pas est ancré dans le présent. La seule chose qu’on a en tête sont nos sensations : la faim, la soif, la fatigue physique et/ou la douleur. Y a-t-il une meilleure situation pour réfléchir à soi ?

En marchant, parfois seule, parfois accompagnée, j’ai pu faire le point sur moi, mes envies, où j’en étais dans la vie. Avec, parfois, des révélations. Mais je me suis apportée ces révélations, je suis allée à leur recherche.

Aucun homme n’est une île.

« No man is an island » J’ai découvert ce proverbe anglais grâce à The English Language Specialist il y a quelques jours et ça m’a beaucoup fait rire car c’est ma découverte du Chemin.

Je voulais, à la base, faire ce chemin toute seule, d’un bout à l’autre. À la fin, je n’ai finalement que très peu marché seule. J’ai passé beaucoup de temps avec deux jeunes danois et j’ai souvent marché accompagné. Je me suis cependant toujours débrouillée pour commencer et/ou finir mes journées de marche toute seule.

Mais se confronter à soi c’est quand même très narcissique. Le mieux et le plus intéressant c’est de se confronter aux autres, de réfléchir à d’autres façons de voir le monde, de l’envisager. Je suis arrivée à Saint Jacques de Compostelle avec Jean Vincent, un Français croisé sur la fin de mon chemin et je suis tellement ravie d’avoir partagé mon arrivée avec lui. 

Si vous me suivez sur Instagram et que vous lisez mon blog depuis un petit bout, vous savez que je suis plutôt solitaire. Mais ce mois à marcher m’a aussi fait réaliser que, comme chaque être humain, je suis un animal social. Je le suis juste un peu moins que les autres…

J’ai eu de magnifiques conversations avec énormément de gens différents. Car, dépouillés de tous nos bien matériels, nous sommes tous à égalité. Épuisés physiquement, nous n’avons plus l’énergie pour les mensonges du quotidien.  Du coup, sur le Chemin de Saint Jacques, je n’ai rencontré que des gens dans leur plus grande authenticité. Et ça, c’est magique !

La plus grande leçon d’humilité.

A un moment, l’arrivée à Saint Jacques de Compostelle est au centre de la plupart des conversations. Je ne sais pas ce que j’imaginais. J’ai couru plusieurs courses – dont un semi-marathon – et sans imaginer que j’allais arriver à Saint Jacques et que j’allais être face à une foule en délire, je n’imaginais pas ça.

Quand il ne reste que 100 kilomètres avant Saint Jacques, tout va beaucoup plus vite. Les journées paraissent plus courtes, notre corps est capable d’avaler plus de kilomètres et l’impatience grandit. On commence à demander aux autres pèlerins comment ils imaginent l’arrivée, on la visualise, on l’imagine.

Et je suis arrivée et j’ai pensé « ah. » Je suis arrivée devant la cathédrale et c’était la fin.

Petite claque et grosse leçon d’humilité. Je ne suis pas forcément quelqu’un de prétentieux mais j’aime bien être félicitée pour ce que je fais. Et là, j’arrive à Saint Jacques de Compostelle, après 779 kilomètres,  après 27 jours à me lever pour marcher et rien.

On est loin de l’euphorie de l’arrivée de mon semi-marathon et pourtant, 21KM c’est quoi, comparé à 779 ?  Mais voilà, personne n’est là pour m’accueillir, aucune médaille à l’arrivée. J’ai marché sur un Chemin que des milliers de pèlerins empruntent depuis des milliers d’années.

Et c’est tout.

Je suis tout de même fière d’avoir réussi. J’ai partagé sur mon compte Instagram quelques photos et beaucoup de mes pensées. J’ai seulement un conseil à donner à ceux qui veulent se lancer… Allez-y.

6 Comments

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    Aurore

    J’ai adoré suivre ton parcours sur Instagram, et je suis heureuse de voir cette article résumé avec toutes les belles leçons que tu as apprises, je serais aussi curieuse d’avoir un article sur l’aspect plus logistique, équipement, budget !

  2. 3
    Audrey

    Encore bravo !!!! C’est fou d’avoir réussi quelque chose d’aussi grand !
    En tout cas, cela t’a permis de te recentrer sur toi, mais aussi et surtout de t’ouvrir encore plus aux autres !
    Même si personne n’était là pour t’offrir une médaille à l’arrivée, ceux qui t’ont suivi et dont je fais parti ont j’espère réussi à t’envoyer assez de courage et de bonnes ondes pour compenser !
    Des bisous !
    Audrey
    https://pausecafeavecaudrey.fr

    • 4
      Eliz

      Merci merci merci mille fois Audrey ! Pour ton soutien pendant mon aventure, pour tes petits messages et pour être toujours là !

      C’est clair que j’ai beaucoup de soutien « de loin », et ça m’a énormément aidé dans mes moments de doute !

      C’est vrai que j’ai réalisé plein de trucs et c’était vraiment une folle experience ! J’espère un jour revivre ces sensations <3

      Des bisous !

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