Et toi, tu fais quoi ?

L’autre jour, je discutais avec un Koweitien, sur Instagram. Et il m’envoie une note vocale disant, en gros, que mon profil Instagram n’est pas très clair, qu’il voit dans la description que je voyage et que je mange des burgers mais qu’il ne comprend pas trop. Il finit son message par la question la plus angoissante pour moi… So, what do you do ?

Je suis angoissée depuis toujours à l’idée de n’être passionnée par rien. C’était même une résolution pour 2019. Arrêter de m’éparpiller pour me concentrer sur une seule chose.

Tout est monnayable.

Déjà, il faut savoir qu’au Koweït, tout est matière à business. Je pourrais écrire un article complet sur la confiance dont les Koweïtiens font preuve. Vous avez une conversation avec un Koweït, il essayera de trouver un moyen de faire de l’argent avec ça. Du coup, les réseaux sociaux sont un moyen de faire de l’argent.

Vous savez faire des lingettes lavables ? Vendez les.

Vous savez dessiner ? Proposez des cours.

Vous faites du sport ? Devenez personal trainer.

Vous être jolie ? Soyez modèle photo.

Mais ne faites jamais rien gratuitement.

Du coup, ce gars, serial-créateur de son état, ne comprend pas trop mon profil et me demande ce que je fais. Pour moi, en tant que française, c’est un peu l’angoisse.

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Des passions plus interessantes qu’un métier.

En France, on est notre travail. Si mon métier c’est vendeuse, je vends. Je suis comptable ? Ça veut dire que je compte. Mon métier c’est enseignante ? Alors j’enseigne. Mon blog ne fait pas de moi une blogueuse parce que je ne gagne pas ma vie avec.

Ici, au Koweït, ça ne fonctionne pas comme ça. Pour être blogueuse, il suffit d’avoir un blog. Mieux encore, pour être blogueuse, il suffit de se présenter comme telle.

Les Koweïtiens passionnés par quelque chose ne parlent jamais de leur métier en premier. Yasser, le photographe, ne m’a parlé de son métier seulement parce que je lui ai demandé. Il en est de même pour Ahmed avec qui j’ai parlé régulièrement de course à pieds et de sports avant d’aborder le sujet de son travail.

Du coup, ici, quand on me demande ce que je fais, je suis toujours partagée entre ma réponse de française, je suis enseignante, et toi ?, et ma réponse de Koweïtienne, je suis blogueuse, et toi ?

La blogueuse travaille au café

Bon, mais alors, je fais quoi ?

Du coup, j’ai beaucoup réfléchi à tout ça. Parce que c’est vrai, je fais quoi, en fait ? J’écris cet article assise dans un café très instagrammable. Les tables sont en bois, les tabourets en fer forgés. Il y a des livres à propos du café déposés négligemment. Contre les murs, des banquettes en simili-cuir et quand j’ai commandé un café french press, le barista m’a demandé si je préférais de Colombie ou d’Uruguay.

Est-ce que le fait que j’écrive d’ici fait de moi une blogueuse ? Est-ce que prendre l’endroit en photo et le mettre sur Instagram après avoir apposé un preset Lightroom fera de moi une influenceuse ?

Eh bien, ça pourrait être le cas.

Sauf que bon, pour être honnête, je n’ai pas envie de me vendre. Je n’ai pas envie de vendre ma vie. Partager mon expérience d’expatriée au Koweït, je suis d’accord. Mais ma vie, mon intimité n’ont pas de prix. Je vous invite d’ailleurs à lire l’article d’Audrey à ce sujet.

Cependant, c’est vrai qu’écrire, tenir un compte Instagram, poster, se faire connaître et prospecter c’est du temps. Et on aimerait tous être payés pour le temps que l’on met à faire les choses pour les autres.

Mais du coup, concrètement, je fais quoi ? Eh bien, je partage. Je partage quoi ? Eh bien, je partage mon expérience de française au Koweït. Je partage ma vision du monde et comment elle a changé en arrivant dans le désert. Parfois, je partage mes évolutions personnelles. Et je reçois de plus en plus de message me remerciant. Parce qu’en partageant, j’offre à certains de mes lecteurs l’occasion de se questionner sur eux même.

Et du coup, je suis quoi ?

Par extension, ce que je fais c’est aussi qui je suis. J’ai un ami qui était obèse, il a perdu énormément de poids et il a maintenant tout un tas de muscles (vraiment beaucoup !). Il a quitté son emploi à la banque pour devenir personnel trainer.

Nous parlions d’un de ses clients, obèse. Il me disait que c’était plus facile pour lui de l’entrainer parce qu’il comprenait où était, mentalement, cet obèse. Il n’y a pas de jugements. Et il me disait qu’il était plus un life changer qu’un personal trainer. 

Evidemment, je suis un peu taquine, alors je me suis un peu moquée de lui. Et finalement, j’ai réalisé que oui, en vrai, il changeait des vies. Les conversations que j’ai avec mon entourage me permet toujours de mettre ma propre vie en perspective.

Je suis enseignante le matin et j’ai tous mes après midi pour faire ce que je veux. Pour être qui je veux. Il y a quelque chose que j’ai au Koweït que je n’ai jamais eu ailleurs : du temps. Mais alors j’en fais quoi, de tout ce temps ?

Photo by Clark Tibbs on Unsplash

Une motivation : changer le monde.

Lorsque j’étais à l’Université, j’ai pris l’option journalisme dans le but d’intégrer une école de journalisme. Le professeur nous avait demandé pourquoi on voulait faire ça. Il avait ajouté que si notre réponse n’était pas claire, alors le métier de journaliste n’était pas à notre portée. Lui, il nous avait dit qu’il était journaliste parce qu’il voulait changer le monde.

Je ne suis pas journaliste mais enseignante, vous comprenez aisément que je ne savais pas pourquoi je voulais faire ça.

Depuis, la question du pourquoi est toujours dans un coin de ma tête. Après avoir écrit l’article sur mon avis sur la question environnementale, j’ai réfléchit à la question. Encore plus lorsqu’il a été relayé par le Huffington Post.

Et j’ai réalisé que je rejetais beaucoup la faute sur les Koweïtiens et le Koweït. Les Koweïtiens, ils utilisent trop de sacs plastiques, les Koweïtiens, ils trient pas leurs déchets. Et puis, petit à petit, j’ai commencé à avoir honte.

Parce que, les Koweïtiens, c’est moi il y a quinze ans. Je sais qu’on peut changer les choses. Elles ont changé en quinze ans en France. Et j’ai les armes pour changer les choses. Sauf qu’au lieu de partager, je garde pour moi et je critique la situation actuelle.

Je sais que c’est pas bien, mais j’ai acheté une voiture de course. Je sais que c’est pas bien, mais moi aussi j’ai utilisé des tonnes de sacs plastiques en faisant mes courses.

Arrêter de critiquer, commencer à agir.

J’ai fait tout une story à propos des premiers gestes basiques en matière d’environnement. Et j’ai reçu énormément de retours de la part de Koweïtiens qui n’avaient simplement jamais pensé à ça.

Ils sont, comme tout le monde, au courant de ce qu’il se passe actuellement en matière d’environnement. Mais ils ne savent tout simplement pas par où commencer. Parce que personne n’a expliqué quoi faire.

En tant que française, j’ai été aussi devant mes poubelles à me demander ce que j’allais trier. Moi aussi, j’ai du prendre l’habitude d’avoir un sac réutilisable dans ma voiture pour faire mes courses. J’ai aussi du prendre l’habitude d’acheter en vrac, parfois.

Nous ne sommes pas nés avec une conscience écologique. Nous avons appris les gestes, alors pourquoi juger au lieu d’enseigner ? Maintenant, je sais ce que je veux faire. Je veux changer le monde.

12 Comments

Ajoutez les vôtres
  1. 3
    Desperate Houseman

    Bel article bravo, mais en France aussi, les gens qui démarrent un blog te disent très vite qu’ils sont blogueurs 🙂 Quant à l’évolution sur le partage vie privé/blog, je crois que malheureusement, c’est devenu une tendance dans la surenchère. Dommage, car quand on repart au début des blogs, à l’essence même de leur existence, on se rend compte que c’était avant tout un espace d’expression personnel mais dans lequel on ne parlait au final de rien d’intime. Les réseaux sociaux ont changé la donne.

    • 4
      Eliz

      Merci !

      Oui, je me souviens de mes premiers blogs, je partageais beaucoup de choses mais finalement rien de vraiment privé. Je ne dis rien de ma vie privée (par exemple, je ne montre pas mes amis ou ma famille – ou alors très peu) Et j’ai du mal à comprendre que « quel est mon film préféré ? » puisse interesser des gens… ou « Dix faits sur moi », je sais pas, je trouve ça bizarre…

  2. 5
    Audrey

    Coucou Liz !
    J’adore et je partage ta vision ! Changer le monde est un tellement plus bel objectif que de se définir par notre métier. Il faut en effet que tout le monde commence à s’entraîner les uns les autres vers une version meilleure de nous même. Ainsi, tous ensemble nous réussirons à changer le monde !
    Gros bisous et merci d’avoir mentionné mon article, ça me touche !
    Bon week end !
    Audrey

    • 6
      Eliz

      Coucou !

      Oui, c’est exactement ça ! Je ne crois pas que le changement viendra de « plus haut » ! Il faut que NOUS soyons le changement…
      Bon week end à toi aussi et de rien pour l’article 😉
      Bisous !

  3. 7
    Chez Laurette

    Quel bel article ! Je trouve ta réflexion sur ce qu’on « fait » dans la vie très intéressante. Je suis toujours perplexe lorsqu’on rencontre de nouvelles personnes et qu’arrive rapidement cette question dans une première discussion : « qu’est-ce que tu fais dans la vie ? ». Elle est presque inéluctable, mais finalement très restrictive ! Donc merci pour cette chronique qui alimente ma propre réflexion sur ce sujet 🙂

    • 8
      Eliz

      Merci beaucoup pour ton message !
      Je trouve cette question horrible, je trouve vraiment qu’elle nous case dans un aspect de notre vie qui n’est vraiment pas significatif.
      Et puis surtout, il y a des métiers qui sont bien vus et les autres, du coup ça participe encore plus à nous mettre dans une certaine case !

    • 10
      Eliz

      N’hésite pas à me dire ce que tu en penses, du coup ! Je crois que notre avis et notre implication change énormément suivant l’endroit où l’on vit… Je suis toujours curieuse d’avoir le point de vue des expatriés à ce propos haha

Quelque chose à ajouter ? :)