Histoires Expatriées – Les relations sociales

Comme chaque mois, je participe au rendez-vous Histoires Expatriées. Ce mois-ci, c’est Kenza qui a choisi le thème : les relations sociales. Elle nous a laissé le champs libre : relations amoureuses, amicales ou même professionnelles. Plus le champs est libre, plus c’est compliqué pour moi de choisir.

Au Koweït, les relations sociales sont particulières. Elles dépendent énormément de votre statut et votre situation sociale, j’ai l’impression. Il y a 60% d’expatriés mais la grande majorité de ce pourcentage sont des Indiens, Bangladais ou Philippins. Pour généraliser, je dirais qu’ils sont plus communautaires que les Européens ou Américains. Pas forcément par volonté, mais parce que le pays a tendance à mettre chaque nationalité dans des cases…

Les relations sociales dépendront aussi de votre sexe. J’en parlais avec un collègue et nous en avons déduit que, eh bien, nos expériences de la vie sociale au Koweït sont vraiment différentes.

Quand j’ai écrit l’article la première fois, j’avais fait plusieurs parties. Être ami avec un Koweïtien et puis être en couple avec un Koweïtien… Et finalement, c’est tombé dans des généralités un peu grossières. Je vais essayer de rester concentrée sur mes expériences.

Pour être honnête, j’imaginais une vie sociale riche et très épanouissante. J’imagine que j’allais avoir un groupe d’amis et que nous voyagerions ensemble à travers les pays du Golfe. Un peu comme dans Friends. Mais ça ne me convient pas, ça.

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Rencontrer des gens au Koweït

J’ai du mal à tisser des liens forts mais je n’ai pas de mal à rencontrer des gens. Je suis souriante et plutôt avenante, les gens viennent vers moi facilement. Et puis, je n’ai pas de problème à utiliser les réseaux pour rencontrer du monde.

A mon arrivée, j’ai rapidement installé Tinder. Je ne m’entends que très peu avec les filles, j’ai toujours été entourée de plus de garçons. Sur mon profil Tinder, j’ai expliqué que j’étais nouvelle au Koweït et que je voulais plutôt me faire des amis. J’ai rencontré quelques garçons par ce biais. Même si aujourd’hui nous ne sommes plus en contact, ils m’ont permis de voir un peu comment ça fonctionnait au Koweït.

J’ai aussi rencontré un ami à moi chez le vétérinaire. C’est le premier non-francophone à qui j’ai parlé. Il nous a ramené, mon chat et moi, dans notre appartement. Il m’a tendu sa carte de visite en me disant que sa fiancée serait ravie de me rencontrer. Nous nous sommes revus plus d’une fois, il était mon meilleur ami. Je n’ai jamais rencontré sa fiancée, ils se sont séparés quelques mois plus tard.

Mes voisins aussi ont été des potes. Et aujourd’hui, ma voisine est la personne dont je suis la plus proche. Nous sommes comme dans une colocation. Je vais chez elle en chausson, je m’installe sur son canapé, on commande à manger et je rentre dormir chez moi.

De la copine à l’amie

Le plus difficile, je trouve, c’est de devenir amie avec quelqu’un ici. Déjà, comme je l’ai écrit, je suis pas super douée en relations sociales. Je n’entretiens pas les liens, j’oublie de contacter les gens et je suis, de base, assez solitaire.  Mais j’ai l’impression qu’au Koweit, c’est encore plus compliqué.

Comme je l’ai expliqué, je n’ai que peu de filles dans mon entourage, je suis souvent avec des garçons et rarement des français. En fait, on peut faire très simple. Si je suis en couple, je n’ai plus d’amis. Et quand un garçon se met en couple – ou se marie – je ne suis plus son amie.

Mes amis ici ne sont pas des amis qui ont vocation à rester des amis. Ce sont, finalement, des gens de passage. C’est assez bizarre parce que j’ai été très proches de garçons qui ont disparu une fois qu’ils ont rencontré quelqu’un ou une fois que moi j’ai rencontré quelqu’un. Comme si notre amitié n’avait jamais existé.

Et le paradoxe est là car je les considère vraiment comme des amis. Les liens se tissent beaucoup plus rapidement qu’en France. Certainement car j’ai plus de temps pour construire des amitiés. Je ne parle pas de gens que j’ai vu une fois tous les trois mois. Non, je parle de gens que je voyais au minimum deux fois par semaine. Et aujourd’hui ils ont disparu.

Ils ont disparu par respect pour la femme qui est entrée dans leur vie. Ou par respect pour l’homme qui est entré dans la mienne. Toujours en background, ils apparaissent de nouveau dès lors que leur histoire n’a pas marchée… Pour vérifier où en est la mienne.

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Et l’amour, dans tout ça ?

J’adore les Koweitiens. Je les trouve beau, généreux et drôles. Je suis un peu au Paradis ici, je les adore. J’adore passer du temps avec eux. Cependant, je crois que c’est un peu une utopie de croire que ça peut fonctionner. Déjà, je trouve ça compliqué d’entretenir une relation avec quelqu’un qui ne parle pas la même langue.

Et puis les cultures sont vraiment très différentes. En France, en tous cas je l’ai beaucoup vu à Paris, il y a beaucoup cette valeur travail. L’ambition est souvent professionnelle. On essaye d’être indépendant et de vivre seul. Ici, l’ambition est dans la construction d’une famille. Un homme de trente ans qui n’est pas marié a un problème, et encore plus pour une femme.

J’ai l’impression que pour les Koweitiens, les femmes se divisent en deux catégories. Il y a les femmes qu’on épouse et celles avec qui on sort. En tant qu’étrangère, je suis souvent de celles qui ne sont pas bonnes à épouser.

C’est assez étrange pour moi, car il y a toujours des Koweitiens qui se marient avec des femmes qu’ils ne connaissent pas. Il semblerait que ça fonctionne. L’objectif étant d’avoir une famille, l’amour n’est pas une priorité… Je compare ça à la création d’une entreprise : mari et femme sont associés. Ils ont chacun des doléances et ils voient s’ils peuvent faire des compromis pour arriver à un juste milieu.

Et moi, j’en suis où ?

Je ne sociabilise que très peu avec mes collègues, ni avec les mamans d’élèves de ma classe. Je n’ai jamais été copines avec les gens avec qui je travaille. Du coup, je crois que je passe du coup à côté d’une grand partie de ma vie sociale. Mais je n’ai jamais réussi à tout mélanger. Mes amis font partis de sphères bien distinctes qui ne se rencontrent que très peu – voire pas du tout. 

Donc, j’en suis qu’après trois ans, j’ai décidé de faire attention aux gens que j’allais fréquenter. En arrivant, j’avais tendance à accepter de voir un peu tout le monde pour ne pas être seule. Et finalement, eh bien, j’ai passé beaucoup de temps avec des gens qui n’en valaient pas la peine.

Aujourd’hui, je passe du temps seule sans que ce soit un problème car mon entourage, mes amis, sont des gens qui ne sont pas simplement de passage. Je suis sûre que ma voisine sera dans ma vie pendant encore longtemps même si nous ne vivons plus sur le même pallier. Je crois qu’il en est de même pour Thomas.

Il y a ceux qui sont de passage, on les sent. Mais pour ceux là, je ne m’investis plus tellement. Ce sont des potes, je les vois de temps en temps, on dîne ensemble ou on boit un verre mais ça s’arrête là.

Après trois ans au Koweït, je suis moins entourée mais je le suis mieux. Et je commence tout juste à comprendre le sens du proverbe, il vaut mieux être seule que mal accompagnée. Et puis, avec le gros chat qui partage ma vie, est-ce que je suis vraiment seule, seule ?

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A Friday in September 2015, I walked in for an adoption day in @petzone1 with @kareq8. I saw this furry ball in his cage and I felt he was waiting for me. 🐱 He wasn’t friendly at all and didn’t allow me to touch him. . The first week in my place, I didn’t see him. He was always hidden. And now, three years after, he is always close to me. He is a dog deep inside. . He is my jealous husband. Sensitive as hell, he doesn’t like when I am talking on phone, he waits for me to go to bed and we spend a lot of time cuddling. 🙊🙊 . He is the cutest cat. He went to Paris with me, took the plane few times ✈️ He doesn’t know how to bite. He never attacks anyone. He only pees on men’s stuff 😂 . I will choose him always ❤️ . . . . . . #lifestyleblog #storytelling#cats_of_instagram #catstagram #cutecat #instacat #catlove #kitten #meow #katze #catlover #catoftheday #kuwait #q8 #kuwaity #q8instagram #kuw @cats_of_instagram @adopt.kareq8.cats

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13 Commentaires

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  1. 1
    Audrey

    Coucou Liz !

    Les relations sociales ne sont pas toujours simples, c’est le moins qu’on puisse dire !
    Il est sur que lorsqu’on habite dans un pays si différent culturellement de son pays d’origine il y a tout un tas de facteurs qui rentrent en ligne de compte dans les relations avec les autres !
    Encore heureux que tu aimes être parfois seule et que ton adorable chat est dans ta vie, cela permet parfois de ne pas être trop déçue 🙂

    Gros bisous !

    • 2
      Eliz

      Coucou Audrey !

      Oui, c’est vrai qu’il faut être toujours capable de (beaucoup) s’adapter… Le plus difficile pour moi c’est vraiment de ne pas pouvoir aborder tous les sujets, mais bon ! On s’habitue !

      Et puis, tu le connais bien mon petit chat maintenant haha, heureusement qu’il est là ce gros poilu :))

      Bisous :))

  2. 3
    Clarisse - Pipelette & Gambettes

    Vaste sujet ^^ je suis restée sur ma faim quand tu n’as pas indiqué les différences de la vie sociale des hommes et de celle des femmes au Koweit ^^
    Aussi le passage « Ils ont disparu par respect pour la femme qui est entrée dans leur vie. Ou par respect pour l’homme qui est entré dans la mienne. » laisse planer le doute sur l’existence de l’amitié homme-femme dans le contexte du Koweit (et surement d’autres pays je pense) ; puisque si l’on ne peut pas être ami avec l’autre sexe lorsque l’on est en couple (hetero dans ce contexte aussi du coup) ça laisse penser que les intentions étaient plus qu’amicales finalement au moins pour l’un des deux parties, nan ? Le pays est-il conservateur au point où les femmes n’ont généralement que des amies et les hommes des amis ?
    Se concentrer sur la qualité que la quantité est surement la meilleure stratégie en matière d’amitié ; mais on peut combiner ça avec des copains, des collègues, des connaissances suivant les affinités. Dans le monde du FLE pour le moment j’ai noté que les collègues sont un noyau important, au moins dans les petites équipes.

    • 4
      Eliz

      Ah ah ! Oui, alors bon ça a été compliqué pour moi comme sujet, parce que ça fait trois ans que j’y vis, du coup j’ai intériorisé beaucoup de comportements.
      Pour faire simple : L’homosexualité n’est pas reconnue (illégale, même) et non, l’amitié homme/femme n’existe pas. C’est en ce sens que mon expérience d’expatriée ne sera pas la même que celle de mon collègue.

      On parlait ce jour là d’un week end au chalet. Si lui se fait inviter au chalet, il sait comment ça va se passer. Il n’y aura que des hommes, ils vont jouer au poker, fumer la shisha, faire un barbecue, profiter de la piscine et de la mer. Moi, si je me fais inviter par un mec au chalet… je n’irais pas. Je n’irais pas parce que soit je serai la seule fille au milieu d’un groupe de mecs, soit j’aurais été invitée pour qu’il y ai « de la meuf » haha.
      Sauf si c’est un chalet loué pour le weekend par mon petit ami qui nous prévoit un weekend romantique. Mais tu vois, par exemple, légalement, je ne suis pas autorisée à inviter un garçon chez moi si ce n’est pas mon mari. Donc je ne sais même pas si mon éventuel amoureux pourrait louer un chalet pour nous deux.

      Oui, les Koweitiens n’ont que des amis et les Koweitiennes que des amies (les comptes instagram des Koweitiens sont très marrants, d’ailleurs). Je généralise beaucoup et ça tend à légèrement à changer mais la plupart du temps, oui.

      Je suis sérieusement incapable d’expliquer mes relations amicales avec des koweitiens ici. Parce qu’on est vraiment proche et qu’il n’y a rien d’ambigüe. Les garçons n’essayent pas et sont toujours très respectueux. On boit des cafés, on dine ensemble, on discute, on fait des activités et voilà, c’est tout. A un moment ça s’essouffle tout seul… Ou les rencontres font qu’on coupe le contact. J’étais très proche d’un Koweitien il y a un an. On s’entendait bien, il n’a rien tenté avec moi, ne m’a jamais parlé d’être en couple avec moi. Et je ne sais même pas s’il était intéressé, d’ailleurs.

      Un jour il me dit qu’il a rencontré une koweitienne et qu’ils vont se marier. Et je ne le trouve plus sur instagram. Je lui envoie un message sur WhatsApp et il m’annonce qu’il m’a bloquée, par respect pour sa femme, et qu’il a bloqué toutes ses amiEs.

      Pour ce qui est des collègues, copains, affinités, je crois vraiment que ça dépend des gens parce que je ne suis pas trop intéressée par les relations qui ne sont pas forcément profondes. J’ai beaucoup de mal avec le small talk. Je suis contente d’avoir des bons rapports avec mes collègues mais je n’irais pas boire des cafés avec elles/eux parce que… je crois que je n’arriverai pas à parler autre chose que boulot !!

      Ce commentaire est un article à lui tout seul ! Désolée 😀

      • 5
        Clarisse - Pipelette & Gambettes

        Wahou ! Merci pour cette réponse =)
        C’est intéressant cette dynamique alors, mais je vois qu’effectivement les esprits sont encore très conservateurs. C’est normal d’adapter son comportement et finalement son système de pensée une fois qu’on y reste un petit moment. J’imaginais que peut être il y avait des différences entre les étrangers et les locaux et qu’être une femme étrangère permettait de sortir un peu des grandes lignes sociales.
        Le fait de carrément se faire bloquer … Coup dur …
        Oui, ça les relations avec les collègues faut pas se forcer ^^

  3. 7
    cicciacerva

    Ah oui c’est quand même vraiment complexe les relations sociales chez toi. Il faut pouvoir s’y habituer!
    Sur le point de tinder et du chat, on te rejoint en tout cas, on a adopté la même méthode en Italie! Et même si les italiens ne sont pas des plus comodes, ça reste du gâteau à côté de l’énergie que toi tu déploies au Koweit. C’est fou comme cet aspect est fluctuant selon nos langues, cultures,…

    Bonne continuation en tout cas! et bisous au chatoune!
    Amélie et Laura

    • 8
      Eliz

      Au début, oui, j’avais l’impression de déployer une énergie folle ! Au final, maintenant je « vais avec le flow » et j’ai une vie sociale plutôt épanouissante… Comme souvent au Koweit (et partout quand on s’expatrie j’imagine) il faut vraiment réussir à se détacher de ce à quoi on a été habitué ! Mais honnêtement, ça va ! Je crois que c’est plus simple à vivre qu’à expliquer une fois qu’on a compris les codes haha.

      Haha en tous cas, je suis rassurée de voir que je n’ai pas été la seule à utiliser Tinder !!

      A bientôt ! Et bisou à votre chat aussi 😉

  4. 10
    Eva

    Pas évident tout ça. Dommage que l’amitié homme/femme ne soit pas envisageable.

    Quand tu dis « L’objectif étant d’avoir une famille, l’amour n’est pas une priorité… » ça me rappelle le Japon car ici c’est pareil, on se marie pour entrer dans le moule, créer une famille, avoir un statut social et pour apporter sa part à l’édifice de la natalité japonaise. De ce fait l’infidélité est un sport ici. Des qu’une Japonaise approche ou dépasse la trentaine elle peut facilement se marier après 3-6 mois de relation ^^ Les mariages arrangés sont aussi toujours d’actualité…

    • 11
      Eliz

      Après, si je veux être honnête, mes amitiés avec les garçons en France n’étaient pas non plus dénuées d’ambiguité…

      Ah bah au moins, il y a une « relation » au Japon haha ! En tant que française, je trouve ça assez dingue ! Ici, ils peuvent se marier sans même se connaitre. Le garçon dit à sa mère qu’il veut se marier et elle fait jouer son réseau. Les enfants se rencontrent (sous le regard attentif des parents) puis si la jeune fille plait au garçon, il va voir le père savoir si c’est possible. Le père peut dire oui ou non et trois mois plus tard ils seront mariés…

      Et je ne préfère pas parler des mariages arrangés, du coup. C’est assez fou que ça soit la même chose dans tant de pays !

Quelque chose à ajouter ? :)