Comment surmonter le blues de l’expatrié ?

Souvent, l’expatriation est vue comme un rêve. On parle beaucoup de l’expatriation dans des pays de rêve. Finie la vie en ville, bonjour les villas sur le bord de mer ! Apparemment, l’expatriation c’est synonyme de fête perpétuelle et de chill. Cependant, personne n’aborde jamais la plus grosse difficulté liée à l’expatriation : le blues de l’expatrié. Alors, c’est quoi, ça ?

Si tu es expatrié, je pense que tu sais directement de quoi je parle. Sinon, laisse-moi t’expliquer… Pour faire simple, le blues de l’expatrié, c’est ce sentiment de n’être nulle part à ta place. D’être seul au monde quel que soit l’endroit où tu es.

Quand personne ne sait qui tu es

Ça, tu y es un peu préparé, normalement… Surtout si, comme moi, tu t’expatries seul. J’avais déjà abordé ce sujet quand je t’ai parlé des six conseils que j’aurais aimés entendre avant de partir. Mais la chose que personne ne réalise, c’est que personne ne te connaitra jamais vraiment.

Je suis arrivée au Koweït et j’étais toute seule. Ensuite, j’ai rencontré des gens, mais toujours, en fond, il y a cette solitude. Pas tout le temps, mais parfois. Juste de temps en temps. C’est assez particulier parce que je ne passe pas beaucoup de temps seule. Je suis souvent avec quelqu’un. Et si ce n’est pas physique, on s’appelle ou on s’écrit des texto.

Au quotidien, ça va. Ce n’est pas si difficile. Là où c’est très compliqué, c’est en cas de coup dur. Ou même en cas de très bonne nouvelle ! À chaque fois, il faut reprendre l’histoire de zéro. Quand on est expatrié, on a eu au moins deux vies. Il y a eu une vie dans le pays d’origine et une vie dans le (ou les) pays d’accueil. C’est compliqué, à chaque fois, de devoir expliquer ce qu’on a vécu lors de nos précédentes vies.

Parfois, on a seulement envie d’être à côté de quelqu’un qui nous connait depuis toujours. D’être réconforté ou soutenu par quelqu’un qui sait ce qu’il s’est passé avant.

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Les différences culturelles.

Souvent, ici, je dois expliquer que oui, mon frère a eu un bébé sans être marié. Que oui, en France on vit avec son petit copain ou sa petite copine sans être marié. Il m’arrive de devoir expliquer des choses qui me semblent logiques. Des situations qui, à mon sens, n’ont pas à être expliquées.

En ce qui concerne la religion, je dois faire attention à mes mots. Généralement, je n’aborde même pas le sujet. Pareil pour la politique. J’évite. Parfois j’ai envie d’exploser quand j’entends certaines choses et finalement, je ne fais que sourire. Et puis je change de sujet.

Par exemple, en ce moment, je suis très fâchée contre le gardien de mon immeuble pour une bête histoire de place de parking. Il ne parle pas anglais, je ne parle pas arabe donc je ne peux pas le confronter. Ça m’énerve, ça fait quelques mois que ça traine et je suis frustrée de ne pas comprendre une situation qui me dérange. Mes voisins se moquent de mon acharnement. Ma mère, que j’appelle pour me défouler, comprend ma frustration.

Le blues de l’expatrié il est là, aussi. Être au milieu de gens qui ne comprendront jamais comment on voit les choses. Ça arrive partout, évidemment. Mais, en tant qu’expatrié, il est plus difficile ensuite d’avoir des gens à qui raconter l’anecdote. D’avoir, dans son entourage, des gens qui comprendront pourquoi nous avons eu telle ou telle réaction.

C’est compliqué de ne pas se sentir seul quand on n’a personne avec qui partager des choses qui nous touchent. Les expatriés n’ont pas les mêmes références culturelles.

Alors oui, ça ouvre l’esprit, mais ça n’empêche qu’au quotidien, c’est parfois une épreuve.

La solitude dans son pays d’origine

Je crois sincèrement que l’expatriation change les gens. C’est une expérience tellement unique. On remet tellement de choses en question, on vit tellement de nouvelles choses… Et quand on retourne chez soi, eh bien, c’est bizarre. C’est chez soi mais, plus tellement. Un chez soi qui a changé, et puis nous aussi on a changé. C’est difficile de retrouver sa place. D’autant plus que personne ne l’agrandit pour nous, cette place.

L’expatrié revient avec une valise mentale pleine de nouvelles choses, une autre façon de voir la vie et peut-être une autre philosophie. Et on lui demande de rentrer dans une case qu’il a quitté il y a déjà bien longtemps.

Personne, dans notre pays d’accueil ne voit les changements qui s’effectuent en nous. C’est quelque chose d’abstrait, finalement. Ils ne voient pas notre quotidien, ils ne voient pas le cheminement.

Le blues de l’expatrié, on le vit même dans son pays d’origine. Cet été, quand j’étais en France, il m’arrivait souvent de vouloir rentrer chez moi, au Koweït. Je ne me sentais plus à ma place à Paris. J’avais l’impression d’être à côté de mes pompes et surtout, je ne reconnaissais pas la personne que je suis devenue. Par contre, je revoyais sans soucis la jeune fille que j’étais avant de partir au Koweït ! Et pour être honnête, je n’ai pas tellement aimé ça !

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Alors, on fait quoi avec ça ?

Je crois que la première étape c’est de reconnaitre que quelque chose nous rend un peu malheureux. Et puis, il faut se dire que ce n’est pas grave. Déjà parce que ce n’est jamais grave d’être malheureux. Et puis parce que je crois que c’est en étant un peu malheureux parfois qu’on est plus fort.

Trouve une passion à laquelle te raccrocher

Ce que j’ai fait, c’est que j’ai trouvé une passion à laquelle me raccrocher. Je cours, j’écris sur ce blog et puis je prends soin de mon compte Instagram (tu peux aller voir et me dire ce que tu en penses !) Je réfléchis à ouvrir une chaîne youtube. Mine de rien, tout ça c’est du temps.

C’est du temps que je passe à être moi-même sans avoir besoin de penser à qui j’étais avant. Ça veut dire que si je rencontre des nouvelles personnes, eh bien, je pourrais simplement aborder les passions que je développe au Koweit, au lieu d’être perpétuellement la Française expatriée.

Et puis, ça veut dire aussi que, quand je vais aller en France, je serais une autre personne que celle que j’étais en partant. Si tout se passe bien, par exemple, la prochaine fois que j’irais en France, je serai Semi-Marathonienne !

N’hésite pas à faire le tri dans tes relations

Mes amis ici sont différents de moi. Mais ils ne sont pas dans le jugement, tout comme je ne suis pas dans le jugement. Ils ont vécu ailleurs, ils savent comment est la vie dans d’autres pays. On peut parler de tout sans être jugé.

Les explications à propos de ma première vie ne durent pas des heures et ne partent pas dans tous les sens. Et pareil pour eux, d’ailleurs. On se comprend assez rapidement et on rencontre les mêmes difficultés.

Du coup, on se rend rapidement compte que ce n’est pas grave d’être moins accompagné tant que c’est pour du mieux. Je suis proche de quatre personnes uniquement. Quand j’ai commencé à sortir au début, j’étais tout le temps dehors ! Mais je ne me sentais pas moins seule pour autant. C’est particulier comme sentiment.

Ne doute jamais de qui tu es devenu

Même si on te traite encore comme la personne que tu étais avant, ne doute jamais de qui tu es devenu. Au Koweït, je suis bien plus sûre de moi, je doute moins. Je prends plus facilement des décisions et j’ai moins peur. Je sais que, globalement, je suis aussi plus positive.

Et puis, quand je viens en France, j’ai l’impression que tout ça, ça a disparu.  C’est marrant en fait, parce que quand j’étais petite, j’avais comme rêve de déménager et de devenir quelqu’un d’autre. L’expatriation c’est un peu ça, tu prends un avion et puis hop ! tu peux être qui tu veux.

Évidemment, tu restes plus ou moins la même personne, au fond. Mais tu peux développer une meilleure version de toi même si tu en as envie. Sauf que les bâtons dans les roues que tu n’as pas rencontrés, tu les prendras à chaque fois que tu te confronteras à ton ancien toi.

Et puis, le plus important c’est de ne pas faire du blues de l’expatrié ton ennemi. Moi, je crois que ça a vraiment été la force qui m’a permis de faire énormément de choses !

Au fait, je suis aussi sur Instagram si tu veux voir plus de photos de mon quotidien au Koweit ! N’hésite pas à t’abonner.

6 Commentaires

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    Audrey

    Nous avons nous aussi bien connu ce blues de l’expatrié. Et puis, le retour en France est complètement différent et bizarre. En effet, tu ne vois plus les choses de la même façon et tu te rends compte de certains détails que tu ne voyais pas avant (et ce n’est pas toujours positif)…bref, tu résumes parfaitement ce que chacun pense lors d’une expatriation. Une expérience enrichissante mais pas toujours évidente 🙂
    Bisous

    • 2
      Eliz

      Coucou Audrey !

      J’imagine que le retour « définitif » en France doit aussi être tellement tellement particulier ! Tu dois réaliser tellement de choses aussi. Et au même titre que quand tu pars, tu te demandes parfois pourquoi tu es partie… Quand tu reviens en France, il doit se passer beaucoup de temps où tu demandes pourquoi tu es revenue !

      Bisous ! 🙂

  2. 3
    Clarisse - Pipelette & Gambettes

    Ah ça les petits moments de blues … j’ai réussi à y échapper un peu pour le moment, j’étais toujours très occupée du coup j’avais peu de temps pour vraiment penser à ce qui n’allait pas trop. C’est pas très sain … mais pour le moment c’est ma meilleure technique. Limite j’étais plus triste de ne pas pouvoir partager les grandes bonnes nouvelles qu’autre chose.
    Par rapport au fait que les gens ne nous connaissent pas vraiment j’ai jamais pris ça dans le sens où tu l’expliques. Pttr que c’est mon coté trop optimiste, mais je pars du principe que c’est justement une liberté de partir de zéro avec de nouvelles personnes, on peut sélectionner ce qu’ils vont savoir de nous, et ça met moins la pression si on veut essayer de nouvelles choses. Et j’ai l’impression qu’on est plusieurs personnes suivant le contexte dans lequel on évolue. Je ne suis pas la même personne quand je suis chez mes parents, quand j’habite seule et France ou à l’étranger. Il y a des « moi » que j’aime mieux que d’autres cela dit ^^ c’est comme ce concept de ne pas être tout à fait la même personne suivant la langue dans laquelle on s’exprime.
    Mais dans l’ensemble, ne nous voilons pas la face, être « expatrié » vient avec son lot de bonnes et moins bonnes choses ; on échappe pas à des vagues de tristesse et on doit juste les accepter, la vie, où que l’on soit, a des hauts et des bas. =)

    • 4
      Eliz

      En fait, je suis d’accord avec toi dans la globalité. La seule chose que je trouve ça dommage c’est que parfois, il faut reprendre de zéro pour expliquer certains comportements. Je n’ai pas d’exemples concrets a te donner sans rentrer dans le trop privé…
      Mais, par exemple. Je veux faire un enfant et ça fait cinq ans que j’essaye. Quelqu’un qui ne me connait pas ne comprendra pas pourquoi je suis si triste à chaque fois que j’ai mes règles. Alors je vais devoir revenir sur le fait que ça fait cinq ans que ça ne marche pas, alors que la seule chose que je veux en fait, c’est être à côté de quelqu’un qui sait déjà tout ça et qui va me soutenir sans que j’ai besoin d’en reparler haha.

      Sinon, oui, je suis d’accord avec toi. On est des personnes différentes suivant les situations, mais je suis partie de chez mes parents pour mon chez moi à l’étranger et c’est difficile pour mon entourage de comprendre que maintenant « chez moi » c’est le Koweit.. Et que je ne veux pas reprendre la place de « petite fille à maman » quand je viens en France. Je suis désormais une invitée chez mes parents ! Je ne sais pas trop si c’est clair ?

      Mais sinon, oui, clairement. Je suis pas la même avec mes collègue qu’avec ma voisine… Et je ne suis pas la même avec mon amie francophone non plus, ça c’est une réalité !

  3. 5
    Madame Dree

    J’en suis à ma 3ème expat’ (dont 2 aux UKS), et en fait j’ai ressenti ça quand je suis partie en Flandre… ce n’est pourtant pas loin de la France, y a bien plus exotique… mais justement je crois que j’ai été trop « confiante » dans ce rapport de proximité avec la France, je ne me suis pas préparée à ce pays… et culturellement… c’était monstrueux comme c’était différent (sans parler de la langue).
    Nous avons tout de même fait de très belles rencontres, c’était chouette, mais je suis tout de même passée par un mini blues de l’expat’ ! Comme quoi il faut bien se préparer quelle que soit la destination ! 🙂

Quelque chose à ajouter ? :)