Être une femme au Koweït

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Quand je regarde les statistiques de mon ancien blog, je remarque que beaucoup (c’est relatif…) de visiteurs arrivent en se demandant ce que c’est que d’ être une femme au Koweït. Est-ce que les femmes se voilent au Koweït ? Est-ce que les femmes peuvent conduire dans l’Emirat ? 

Les préjugés…

Mon contrat est signé, je commence à dire à mon entourage que dans deux mois, je décolle pour le Koweït. J’entends les mêmes paroles de toutes les bouches : attention, tu vas devoir te voiler. Attention, les femmes au Koweït ne peuvent pas conduire. Fais gaffe, les femmes au Koweït ne peuvent pas sortir sans homme. Attention, attention, attention.

Je n’entends que ça. Je dois faire attention. Il n’y a que de l’inquiétude dans les regards. Je ne vois que la peur de ce qu’il va m’arriver simplement car je suis une femme. Je suis une femme et j’ai décidé de partir vivre au Koweït. Les préjugés dans les pays musulmans ont la vie dure. A écouter les français, qui ne sont jamais allés au Koweït, ma vie va devenir un enfer, simplement parce que je suis une femme.

J’ai, moi aussi, tapé sur google la fameuse recherche : être une femme au Koweït et je n’ai rien trouvé. Je n’ai pas pensé à chercher en anglais, peut être que les résultats sont plus satisfaisants… Mais dans la langue de Molière, rien à propos de la condition de la femme expatriée au Koweït.

… contre la réalité.

Arrivée au Koweït, les premières choses que j’ai vu sont des femmes au volant de belles voitures. Evidemment, les belles voitures sont considérées comme des voitures de mecs, en France. Au Koweït, les femmes conduisent des Mazzerati, des Jaguars, des Porsches Cayenne et autre 4×4. En arrivant, je vois des femmes conduire, seules ou accompagnées. Parfois elles sont avec des amies, parfois avec leur famille, parfois avec un homme assis sur le siège passager.

J’ai vu des femmes dans les centres commerciaux accompagnée par un homme (j’imagine leur mari) qui porte les sacs de course, pousse les poussettes ou les caddies. J’ai vu des femmes seules ou avec leurs amies. Ce sont simplement des femmes qui vivent leurs vies tranquillement, au même titre que les femmes en France vivent leurs vies.

Les Koweïtiennes travaillent, elles ont le droit de vote et elles ont aussi le droit de se présenter à certaines élections.

 

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Je suis sûre que c’est une femme qui conduit la voiture – Photo by Marc Kleen on Unsplash

Le choix des vêtements

En France, à Paris, je portais des jupes relativement courtes, des décolletées, des dos-nus, des robes, et à chaque fois que j’ai pris le train, je l’ai pris avec la boule au ventre. Je suis habituée aux sifflements dans les rues comme si j’étais un chien et aux miaulements qui me sont adressés. Je suis capable de faire un regard noir à qui essaye de donner son avis sur mon corps. Les insultes ne me blessent plus. J’ai appris ça tout au long de ma vie de femme en France.

Au Koweït, j’avais pris des vêtements longs, des pantalons relativement larges, parce que je pensais que j’allais subir les mêmes micro-agressions quotidiennes. Quand je suis arrivée, quelqu’un m’a expliqué que si je m’habillais convenablement, il ne m’arriverait rien. Il faudrait définir convenablement… mais il me semble que c’était, pour faire simple, des jupes sous le genoux, pas de décolleté et tout ce qui ne pouvait pas me rendre sexy et désirable.

Les jours passant, j’ai réalisé qu’être une femme au Koweït, c’est vivre l’esprit tranquille. Il est vrai qu’avec une jupe courte, je suis plus regardée qu’avec un pantalon. Si je me fais belle pour aller à une soirée, les regards seront différents de quand je sors en legging chercher un coca au bakala.

Trois ans que je vis seule au Koweit, et je peux compter sur les doigts d’une main les fois où j’ai été embêtée dans la rue. Deux fois quand je courais. Leggings et t-shirt long de sport attirent les hommes, apparemment. Et une fois dans la rue. Mais quand j’ai dit non, ils sont partis sans m’insulter ou être vexé.

La vie de petite chose fragile

Depuis que je vis au Koweït, mon expérience en tant que femme est plus agréable que celle que j’ai vécu en France. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de sexisme, loin de là. Cependant, c’est un sexisme avec lequel je vis mieux. Je préfère être sur-protégée, aidée par les hommes qui m’entourent plutôt que de me faire insulter.

Alors j’avoue que j’avais tendance à dire non aux hommes qui voulaient me raccompagner chez moi ou porter mes valises à l’aéroport. Et puis, après tout, pourquoi pas ? Être une femme au Koweït, c’est accepter d’être une petite chose fragile. Je me laisse aider à chaque fois que j’ai besoin d’aide. Je suis à l’aéroport et quelqu’un veut m’aider avec ma valise ? Qu’il se fasse plaisir. Je fais la queue pour prendre un sandwich a emporter et le serveur me fait passer devant tout le monde ? Pas de problème…

Comme je suis une jeune fille seule au Koweit, tous les garçons pensent que je suis une petite chose fragile qui a perpétuellement besoin d’aide. J’étais exaspérée par cette façon de penser quand j’étais en France. Mais j’ai finalement pris le pli ici, au Koweït.

Un respect différent

Cependant, je sais que ma vision n’est pas celle de toutes les femmes au Koweit. Je suis une jeune femme blanche célibataire. Je ne sais pas comment vivent les femmes Noires, les Indiennes ou les Philippines. Je ne sais pas comment ça se passe pour les femmes mariées. Et encore moins pour les étrangères mariées à des Koweïtiens.

Je sais que quand je suis avec un homme, les hommes ne m’adressent pas la parole. Ils parlent à l’homme qui m’accompagne. Je me souviens d’une fois dans le taxi, j’étais avec deux amis et quand le chauffeur répondait, il regardait mes amis. C’est comme si je n’existais pas. Être une femme au Koweït, c’est parfois apprendre à se mettre derrière.

Au restaurant, l’addition est toujours donnée à l’homme avec qui je dîne. J’ai appris avec le temps que c’était une forme de respect. Ca a été difficile à comprendre quand je suis arrivée. Je me disais que c’est  parce que je valais moins qu’un homme, je trouvais ça irrespectueux. J’avais envie de crier à tous ces hommes que, moi aussi, je pouvais avoir une conversation !

Mais avec le temps, j’ai compris que c’était par respect pour l’homme qui m’accompagne, mais aussi par respect pour moi. Les hommes se mettent rarement dans une position incommodante. Je n’ai jamais été victime de contacts non désirés. C’est à dire que si je fais la bise à un homme (fait rare), il y a peu de chance que ses mains se baladent sur mon dos, ou sur mes bras.

Être une femme au Koweït ou en France ?

Être une femme au Koweït est très différent d’être une femme en France, ou en tous cas à Paris. C’est compliqué de choisir les bons mots parce qu’être une femme au Koweït ne comporte pas que des avantages. Je sais que la plupart des hommes de mon entourage ne sont pas là pour n’être que mes amis, par exemple.

Mais ma vie est plus tranquille. Je suis bien plus sereine au quotidien. Il m’arrive de courir à 4 heures du matin sans avoir peur. J’ai eu la chance d’éviter des soucis parce que je suis une femme.

Cependant, je sais qu’en tant que femme, je dois être tout le temps jolie, gentille et rigolote. Il faudrait que je sache faire la cuisine et si je me marie avec un Koweitien, il y a des chances qu’il me préfère à la maison plutôt qu’à travailler.

Les clichés qu’on essaye de combattre en France ont la vie dure au Koweït. Et c’est pour moi le plus difficile à vivre au quotidien. Je n’aime pas trop qu’on mette ma sensibilité sur le dos de ma condition de femme, par exemple.

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Il y a des bons côtés de chaque côtés, il suffit de les voir. – Photo par Annie Spratt sur Unsplash

Finalement, comme partout, ce n’est pas parfait. La vie n’est qu’une question d’équilibre. Eh bien, moi j’ai tranché. Je ne sais pas jusqu’à quand, mais pour le moment… je préfère être une femme célibataire au Koweït qu’en France !

Separator image Publié dans Koweit.

11 Commentaires

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    Aurore

    Très très intéressant cet article, j’ai beaucoup aimé ! Tu m’as fait pensé à moi quand tu as parlé de l’addition ! Au Sri Lanka, c’est pareil, toujours à l’homme, ça m’exaspérait au plus haut point jusqu’au jour où mon chéri m’a avoué que cela ne lui faisait pas plaisir non plus de devoir se plier à cette coutume !

    • 2
      Eliz

      Merci beaucoup 🙂
      J’avoue que mon entourage est majoritairement composé de locaux, du coup j’ai maintenant du mal à voir les chose autrement haha ! Mais oui, la plupart des hommes que je connais (même en France) n’aime pas du tout cette façon de faire, genre « c’est l’homme qui paye ».

  2. 5
    Audrey

    Coucou Liz !
    Ton article est comme toujours très intéressant !
    Il est vrai qu’en France pas mal d’hommes se donnent des « droits » qu’ils n’ont pas à avoir. Embêter une femme et pire encore l’insulter n’est vraiment pas digne…
    Au moins, il semble qu’au Koweït tu te sens plus respectée ! Je me souviens lorsqu’il y a 10 ans j’étais célibataire et à NYC, les américains étaient très (trop) tactiles ! Leur technique de drague était là aussi vécue plus comme une agression alors que les femmes veulent être respectées avant tout !

    • 6
      Eliz

      Coucou !

      En dehors même du respect, je prétends juste à une certaines tranquillité… Que j’ai du mal à trouver à Paris. Je suis allée à New York une fois pour du tourisme, et j’avais trouvé justement que les américains nous laissaient vraiment tranquille. Mais peut être que c’est lié au fait que j’étais uniquement touriste ?

  3. 7
    fafa expat

    Exactement pareil ici à Bahreîn. En tant que femme je me sens en sécurité, ici ils sont plutôt open je m’habille comme je veux et personne ne m’embête. Les femmes conduisent, travaillent, bref… loin des préjugés qu on peut avoir sur le middle east.

    • 8
      Eliz

      Ah tu vis à Bahreïn ! C’est un chouette pays, j’ai eu l’occasion d’aller y faire un tour, et j’ai retrouvé l’ambiance qu’il y a au Koweït. La tranquillité et la sérénité du pays sont agréables ! C’est dommage qu’il y ai tant de préjugés sur le middle east !

  4. 9
    Clarisse - Pipelette & Gambettes

    Finalement la réalité des femmes au Koweit et celle des femmes en Corée sont assez similaires ; je pense que le coté « fragile » est plus utilisé à leur avantage par les femmes que vraiment perçue comme telle par les hommes. Il n’en reste pas moins qu’une femme doit s’occuper de son mari, de sa famille … ce sont des charges lourdes mais j’ai le même constat que toi : dans la vie quotidienne, à l’extérieur, peu importe l’heure je n’ai pas peur ! et ça enlève vraiment un poids des épaules impressionnants.
    C’est parfois difficile de justifier que oui, je préfère vivre dans un pays moins avancé sur l’égalité homme-femme que la France ; mais je suis un peu égoïste et je décide de ce qui est bon pour moi, pour mon bien-être.
    En France cette misogynie c’est de la violence pure … C’est effrayant. C’est tellement triste …

    • 10
      Eliz

      Je pense exactement pareil que toi ! Tu as vraiment raison sur la difficulté de se justifier à propos de l’égalité homme-femme. C’est finalement très égoïste mais ça a changé ma vie de ne plus vivre dans la peur.

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