Mes premiers pas au Koweït

A chaque fois que je rentre au Koweit, quand l’avion atterri à l’aéroport, je repense toujours à mon arrivée dans le désert et à mes premiers jours dans l’Émirat petit frère du Golfe.

Posons les bases

Imagine : fin juin, tu signes un contrat pour commencer un nouveau taff début septembre. Tu as deux mois pour te préparer administrativement et psychologiquement à déménager dans un pays qui t’es inconnu. Aucune idée d’où tu vas aller, tu sais seulement que c’est un pays musulman et qu’il y fait parfois 45 degrés et poussière.

C’est bon, tu as bien imaginé ?

Eh bien, c’est exactement ce que je vivais. Le flou total. Impossible de savoir comment ça allait se passer ni combien de temps j’allais rester. Rien.

Mon avion Qatar Airways a décollé le 27 aout 2015 à 10h30 pour une arrivée au Koweit le même jour à 21h30. Les aux-revoirs à l’aéroport ont été compliqué. Je partais vers personne-ne-savait-où pour personne-ne-savait-combien-de-temps. Ma mère était avec moi. À nous deux : soixante kilos autorisés pour y mettre une partie de ma vie. Ça semble énorme soixante kilos mais finalement, c’est assez peu.

C’est amusant comme le cerveau humain se souvient de détails avec une grande précision. Je me rappelle avoir croisé une jeune fille dans l’avion. Elle allait à Bali et c’est la première fois que je disais à une inconnue que j’allais partir vivre au Koweit. Je lui disais que Bali était génial et qu’elle allait adorer. Elle, elle me disait que le Koweit allait être une expérience formidable. Mais je ne sentais rien d’autre que le vide à l’intérieur de moi. 

Derrière la porte de l’avion

Nous sommes arrivées au Koweit à 21h30, comme convenu. Je suis toujours fascinée du comportement des gens à l’atterrissage d’un avion. Et là, j’ai eu l’impression de faire partie de ces gens pressés. Ils semblent être montés sur ressort : dès que l’avion atterrit, ils sont debout. L’avion atterrit, je suis debout, prête à attraper ma petite valise cabine. Prête à m’insérer dans cette file dans le couloir étroit et jouer des coudes pour sortir de la carlingue.

Nous y voilà, nous sommes dehors et la chaleur me saisit. Étouffante. Il fait chaud mais il ne fait pas humide. J’étouffe. On monte dans le bus, je frissonne : la clim’ est à son max, il doit faire vingt degrés dans le bus, soit vingt-sept de moins qu’à l’extérieur.

Allégorie de mes poumons – Photo by Connor Jalbert on Unsplash

Welcome to Kuwait

L’aéroport au Koweit n’est vraiment pas accueillant. Je me rappelle avoir tout regardé avec des grands yeux perdus, je ne comprenais rien à ce qu’il se passait autour de moi. Les premières personnes que j’ai croisé n’ont pas été sympa avec moi. Et puis, la fatigue du vol, l’angoisse, le stress, ont fait que j’ai eu envie d’aller au premier comptoir Qatar Airways pour prendre un vol retour pour Paris. Retour à la case Départ, ne passe pas par la case École et rentre chez toi Liz.

Ma mère est une merveille. Elle était sûrement quinze fois plus stressée que moi, mais elle restait positive en me disant que ça allait fonctionner. Un gros coup de stress cependant a failli l’achever quand elle n’a pas vu sa valise sur le tapis. Encore pire : le petit coupon pour suivre les bagages a disparu. L’aéroport est plein, il y a des sacs partout, des gens partout. Je ne sais pas à qui m’adresser et j’essaye de rassurer ma mère. Mais surtout, j’essaye de me rassurer moi même. Honnêtement, je me souviens, à ce moment là, je n’avais qu’une envie : rentrer à Paris et tout laisser tomber.

Première rencontre Koweïtienne

Après quelques minutes d’angoisse intense, nous avons tous les bagages. Le papier de réservation d’hôtel à la main pour l’adresse, prêtes à aller prendre un taxi. De nouveau dehors, le contraste entre la clim’ à 19° et l’extérieur à 45° est toujours aussi saisissant. Les poumons brûlent.

Un vieil homme en dishdasha arrive vers nous ou plutôt, il se jette sur nous. Taxi, taxi ! J’ai l’impression d’être en Thaïlande, quand je sortais du bus. Je lui dis en anglais où je veux aller et ma mère et moi réalisons que ce monsieur ne parle pas anglais. Il part vers un groupe d’autres chauffeurs de taxi et d’un coup, ils se mettent à parler – crier on dirait – en arabe pour débattre de la direction de l’hôtel. Je suis dans un des pays les plus riches du monde et j’ai l’impression de me retrouver au Cambodge ou au Laos. A ce moment là, je n’en ai aucune idée, mais c’est une pensée qui me suivra tous les jours.

Il est 23h15 et nous avons face à nous cinq Koweitiens en dishdasha qui parlent, crient et s’excitent en arabe. Le papier de réservation de l’hôtel dans la main serrée de notre chauffeur de taxi. En même temps, un homme met nos valises dans le coffre et nous demande de nous asseoir. Le chauffeur prend le volant et nous ne savons pas s’il sait où on doit aller.

En route vers l’hôtel

Fin du suspens : sans savoir pourquoi, sans savoir comment, nous sommes arrivées à l’hôtel sans aucun problème. Après vingt-cinq minutes de route qui nous paraissent être des siècles dans des paysages que je ne saurais décrire. Des immenses buildings illuminés par moment et du désert à d’autres. Le A et le R sur la devanture du Marina Hotel ne s’allument plus, c’est un grand building, juste à côté du Marina Mall. Et je vois une Ferrari garée sur un terrain vague sale et plein de détritus. Tradition et modernité.

Les premiers jours au Koweït

Le lendemain, je suis malade. Je suis restée enfermée dans ma chambre d’hôtel pendant 48 heures. Ma mère regardait par la fenêtre et dehors, il n’y avait pas un chat. Trop chaud pour sortir, les rues étaient vides, vides, vides. Le premier jour, ma mère a compté les passants, moins de 15 à la fin de la journée. Le temps s’écoulait lentement, ma mère n’osait pas sortir et ne savait pas quoi faire. Moi, je répétais que j’étais désolée de ne pas pouvoir quitter le lit. Et puis, fin de journée, le soleil s’est couché, les lampadaires se sont allumés au fur et à mesure que la nuit tombait… Et là ! Finalement, la ville s’est animée : les terrasses de restaurants se remplissaient à vue d’oeil. Nous en avons conclu que les familles sont de sortie la nuit.

Nous sommes restés plus de 15 minutes devant l’immense baie-vitrée, observant le pays se réveiller d’une sorte de long long sommeil. Sans parler. Je crois qu’en même temps, nous étions en train de comprendre que ce rythme, ces habitudes, cette vie… Eh bien, ça allait devenir mon rythme, mes habitudes, ma vie pour les neuf mois à venir. Au moins.

Photo by Ross Findon on Unsplash

Et toi ? Comment se sont passés tes premiers jours à l’étranger ?

Separator image Publié dans Koweit.

6 Commentaires

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    Audrey

    Coucou Liz !
    Et bien ! Quel grand saut dans l’aventure ! Tu as été bien courageuse, car je pense que moi aussi étant donné la situation j’aurai eu envie de rentrer en France.
    Je me souviens moi aussi avec clarté notre départ aux Etats Unis et les sensations d’un aller sans savoir si il y aurait un retour…
    Gros bisous !

    • 2
      Eliz

      Coucou 🙂

      Sans ma mère, honnêtement, je suis pas sûre que j’y serais allée !
      Je crois qu’on n’oublie jamais jamais les premiers jours dans un nouveau pays… Et c’est marrant d’ailleurs de comparer le premier regard qu’on a eu sur un endroit au regard qu’on peut avoir quotidiennement sur ce même endroit ! Le cerveau s’habitue vite !

      Bisous 🙂

  2. 3
    Clarisse - Pipelette & Gambettes

    Ohlala 60kg de bagages c’est énorme ; tu as vraiment de la chance d’avoir eu ta mère à tes côtés pour ce grand saut. Ne serait-ce que pour le soutien moral ^^
    Je suis curieuse de ton parcours pour en arriver à accepter un poste dans un pays aussi peu connu que le Koweit sans t’y être intéressée avant. Est-ce que tu as sauté sur une occasion particulière ? Un grand besoin de changement ?
    Dans tous les cas malgré des débuts mitigés tu sembles avoir trouvé ta place dans ce pays et ça c’est super ! 🙂

    Pour mon arrivée aux Etats-Unis j’ai aussi fait l’expérience de la valise qui n’arrivera jamais sur le carrousel, mais pas vraiment de choc des cultures. Et pour la Corée c’était presque un choix que de partir sans savoir grand chose. Je trouve qu’il y a parfois un risque de trop se faire une idée du pays et être encore plus déçu …

    • 4
      Eliz

      Vraiment, ma mère m’a sauvée mon arrivée ! Je crois sérieusement que sans elle, vraiment, je serais repartie direct pour Paris.

      C’est particulier parce que … je connaissais le Koweit ! Mon père y a travaillé pendant longtemps et c’est la raison pour laquelle j’ai postulé là bas ! (J’avais postulé aussi au Cambodge, à Rio, en Thailande et dans plein d’autres pays super cool) Mais il a travaillé là bas avant la guerre donc c’était vraiment différent. Et puis je lui ai pas demandé grand chose parce que, comme tu dis, je voulais pas me faire une idée sur le pays.

      Mais le choc des cultures en Corée a du être hyper impressionnant aussi !

Quelque chose à ajouter ? :)