Expatriation : comment se sentir chez soi ?

On aborde le sujet qui m’a pris le plus la tête depuis que je suis arrivée au Koweit ! Comment se sentir chez soi dans un pays qui nous est inconnu ? C’est particulier de quitter ses amis, sa famille et ses habitudes pour un tout nouveau pays. J’ai décidé de défaire les noeuds que je me suis fait au cerveau pendant trois ans et donner quelques conseils pour t’éviter de te faire les même !

Home far from home

Il m’a fallu du temps avant de dire que le Koweit était chez moi. Pour être honnête, il a fallu que je contracte un crédit afin de m’acheter une voiture pour me sentir un peu chez moi.

Adopter un chat n’a pas suffit.

Déménager trois fois n’a pas suffit.

Acheter mes meubles et décorer mon appartement n’a pas suffit.

Avoir mon restaurant préféré n’a pas suffit. Avoir mon endroit préféré n’a pas suffit. Avoir mon café préféré n’a pas suffit.

Il a fallu que je contracte un crédit. Et encore, ce n’est pas suffisant. Je me sens chez moi pour cinq ans.

C’est particulier, j’ai un visa qui dépend de mon contrat de travail. Mon contrat est renouvelé tous les ans alors c’est difficile de se sentir chez soi quand on pense que tout peut s’arrêter un an après.

En février, je signe un papier qui dit que oui, je serai encore là en septembre. Et puis, je peux recevoir un courrier qui me dit que non, je ne serai plus là en septembre.

Alors j’ai pris un risque, et j’ai contracté un crédit. Maintenant, je dis que je rentre chez moi quand je suis en vacances et que je retourne au Koweït. Quand je dis chez moi, c’est mon petit appartement en bord de mer à Salmiya.

Et la France, dans tout ça ?

Cependant, quand je viens en France, je rentre chez mes parents.

T’as vu ? J’ai écrit je rentre chez mes parents. Comme si chez mes parents étaient mon point d’ancrage.

La difficulté, c’est finalement le choix des mots.

Je reviens chez mes parents, je retourne chez mes parents, je vais chez mes parents. La difficulté de choisir le bon verbe.

Dans tous les cas, ma chambre est toujours en l’état. Mon dressing-room s’est un peu vidé, ma bibliothèque aussi. Mais je retrouve mon lit d’avant le Koweit, ma bibliothèque d’avant le Koweit, et indéniablement mes habitudes d’avant le Koweït.

Je vois mes amis et ma famille. Leur vie n’a pas changé et c’est difficile pour eux de me faire de la place parce que, pour eux, je rentre. Et c’est difficile pour moi de trouver une place, parce que d’une certaine manière, je rentre. Et que cette place eh bien, en réalité, je dois la créer.

Je suis chez mes parents en vacances, je me repose, mais les vacances quand tu reviens dans la maison de ton enfance-adolescence, c’est assez particulier.

Un chez soi autant culturel que materiel

J’en parlais avec un ami qui a conclu en disant mais si tu es chez toi nulle part, ça veut dire que tu es chez toi partout. Je ne sais pas si j’ai des expatriés qui me lisent, mais pour vous, comment ça s’est passé ?

Comment on se sent chez soi quand on doit partir de zéro à 27 ans ? Je rencontre des gens qui n’ont aucune idée de qui je suis, parfois c’est un avantage et parfois un gros inconvénient. Difficile de trouver des gens avec des références communes lorsque les cultures sont si différentes.

Difficile de traduire les comptes Instagram humour quand ça fait référence à des choses qui sont en moi depuis toujours… et complètement inconnues pour la personne en face ! La répartie est plus difficile quand elle n’est pas dans ma langue maternelle, surtout si je dois expliquer mes références…

Il en est de même pour la maison. Je suis arrivée au Koweit avec une valise de 30 kilos. Impossible de prendre assez de livres pour me sentir chez moi. Impossible de prendre des assiettes pour me sentir chez moi. Je le confesse : j’ai pris une housse de couette qui sentait ma maison-de-France.

La première année j’étais dans un appartement meublé, la deuxième dans un appartement que j’ai dû complètement meubler et la troisième année, j’ai enfin déménagé dans un appartement qui me plait. Et petit à petit, je le décore et je commence tout juste à me sentir chez moi.

Comment se sentir chez soi ?

Trois ans plus tard, je suis prête à faire une nouvelle rentrée chez moi, au Koweit. Voici mes conseils, basés sur mon experience et mes erreurs.

  • Bien choisir ton appartement. Tu vas arriver dans un pays où tu ne connais personne. Tu seras peut être tout seul les premiers jours, alors choisis un appartement qui te plait et dans lequel tu te sens bien. Si tu as un meublé, n’hésite pas à l’agrémenter de petites choses pour en faire un endroit cosy : plaids pour le canapé, ta propre vaisselle, des livres ou des DVD, des coussins, etc.
  • Investis toi dans le pays. Ca ne veut pas dire que tu dois obligatoirement chercher des associations et devenir bénévole ! Mais ne vois pas le temps que tu restes dans ce pays comme une barrière. Par exemple : j’ai un contrat d’un an renouvelable. Ca veut dire que cette rentrée peut être ma dernière mais ça veut aussi dire que potentiellement, je peux passer ma vie au Koweït. Il m’a fallu deux ans avant d’acheter une voiture parce que je ne savais pas combien de temps j’allais rester au Koweït et donc je n’osais pas prendre de crédit.
  • Rencontre des gens. Ca peut être des collègues de travail, des amis, des gens que tu croises à la salle de sport, tes voisins… L’idée étant de ne pas être scotché à ton téléphone pour parler à la France. Evidemment, il faut garder un lien avec ton pays d’origine, mais c’est un juste milieu qu’il faut trouver… Ta vie est dans ton pays d’accueil, maintenant et pour le moment.
  • Créé une routine. Il y a des gens qui peuvent vivre sans routine et il y a ceux que ça rassure. Je fais partie de la deuxième team : j’ai besoin d’avoir une petite routine. Je t’en ai parlé dans mon article à propos du Miracle Morning.
  • N’hésite pas à sortir et découvrir de nouveaux endroits. Découvrir des restaurants et des cafés est le meilleur moyen pour comprendre comment fonctionne un pays. Et toi, ça te permettra d’avoir, à chaque fois, un peu plus d’endroits qui peuvent être chez toi.


Ça te parle, l’idée de « chez soi » ? Tu fais quoi pour te sentir « chez toi » ? 

7 Commentaires

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  1. 3
    Clarisse - Pipelette & Gambettes

    Article qui tombe à pic pour moi ^^ à l’aube de mon départ et de mon installation en Corée. Quelques réponses face à mes questionnements, sur le logement par exemple ; je suis tiraillée entre trouver un appart qui me plait ou un appart pas cher pour économiser.
    Mon contrat, et donc mon visa, sont pour un an, du coup j’hésite entre vraiment me projeter et bien m’installer ou garder en tête que le « retour » pourrait être proche … pas facile, mais je n’en suis qu’au début ^^
    Pour ce qui est de l’ancrage en France chez les parents ; pour moi je pense que ça restera. C’est un peu « chez moi » et j’y ai fait de nombreux retours déjà

    • 4
      Eliz

      Pour l’appartement, je crois que c’est vraiment propre à chacun mais je préfère payer plus cher et être bien plutôt que de faire des petites économies et ne pas être dans un endroit qui me plait.
      Sans se projeter, je crois qu’il faut vraiment être capable de vivre au jour le jour, sans forcément penser à la fin parce que j’ai l’impression que, inconsciemment, ça bloque beaucoup !

  2. 5
    Pause café avec Audrey

    Coucou Liz !

    Mon mari et moi avions 31 ans quand nous avons tout plaquer pour partir vivre aux Etats Unis. Cela voulait dire : donner, vendre ou entreposer toutes nos affaires de France puisque nous ne pouvions pas partir avec beaucoup.

    Il est vrai que le temps de se dire « nous sommes chez nous » est toujours particulier. Je pense tout simplement parce que nos racines, nos familles, nos amis et la plus grosse partie de nos vies se sont déroulées en France et non pas dans notre pays d’accueil.

    Avec le temps il se passe l’une ou l’autre de ses choses :
    – soit tu te sens vraiment bien dans ton nouveau pays et la vie que tu t’es recrées te semble meilleure que celle que tu avais en France et ce, malgré les différences culturelles qu’il peut y avoir dans la vie de tous les jours
    – soit tu te rends compte qu’au final ta nouvelle vie dans ce nouveau pays n’est pas à la hauteur de tes attentes. Les difficultés sont trop nombreuses et les fossés culturels sont trop nombreux (et dans ce cas tu « rentres », mais cette fois pour de bon).

    Gros bisous et belle nouvelle année au Koweït !

    • 6
      Eliz

      Coucou Audrey !

      Je pense que l’expatriation quand on a construit quelque chose dans son pays est encore + difficile. Je n’ai eu que deux mois pour me préparer à partir donc heureusement que je n’étais pas propriétaire d’un appartement.
      Ça a du être d’autant + difficile pour voir avec toute cette logistique de « donner, vendre, entreposer » qui doit être difficile.

      Je suis d’accord avec toi à propos des deux choses qui peuvent arriver quand tu t’expatries. Moi on m’avait dit « tu verras à Noël si tu vas rester ou non » et c’est exactement ce qu’il s’est passé. Trois mois après la rentrée, j’ai su que j’allais avoir beaucoup de mal à revenir en France.

      Je suis arrivée au stade où je me dis que je passerais bien le reste de ma vie au Koweit, mais tout l’administratif (lié au VISA principalement) rend la chose difficile mais bon…

      Merci pour ton commentaire, c’est toujours un plaisir de les lire ! Gros bisous et bonne fin de vacances

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